MICI et maladie de Parkinson : des données contradictoires…

  • Camacho-Soto A & al.
  • Parkinsonism Relat Disord
  • 27 juin 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude cas-témoins de large envergure suggère qu’il existerait une relation inverse entre le diagnostic de maladie inflammatoire chronique des intestins (MICI) et la maladie de Parkinson, ainsi qu’entre l’administration de médicaments immunosuppresseurs ou de procédures chirurgicales en lien avec une MICI et la maladie de Parkinson. Le mécanisme en jeu pourrait être lié aux dysfonctions même du tractus intestinal. Les résultats de cette étude basée sur des données administratives nécessitent cependant d’être confirmées ou infirmées par des études robustes.

Pourquoi est-ce intéressant ?

Les données évaluant l’association entre MICI et MP disponibles dans la littérature sont contradictoires, et les potentiels mécanismes physiopathologiques en jeu, encore difficiles à établir. De fait, il était intéressant de bénéficier de données supplémentaires permettant d’examiner l’association entre les MICI ou leur traitement (chirurgical ou par immunosuppresseur) et le risque de maladie de Parkinson. Les résultats mentionnés ici contredisent les données issues d’une étude Taiwanaisequi montre une association positive entre MICI et maladie de Parkinson. Les auteurs pensent que les résultats de celle-ci présenteraient des biais liés à la surveillance des patients, les patients ayant plus fréquemment recours aux soins auraient de fait plus de risque d’avoir un diagnostic de maladie de Parkinson. D’autres études de bonne facture sont encore nécessaires pour confirmer ou non l’association entre MICI et maladie de Parkinson. 

Méthodologie

À partir d’une base d'informations médicales américaines, ayant recueilli des données entre 2004 et 2009, 89.790 nouveaux diagnostics de maladie de Parkinson et 118.095 sujets contrôles de plus de 65 ans ont été sélectionnés. Les covariables incluses dans les analyses étaient l’âge, l’origine ethnique, le statut tabagique, la présence de comorbidités et les recours aux soins médicaux. 

Principaux résultats

Le sexe féminin et le tabagisme ont été associés à un plus faible risque de développer une maladie de Parkinson (respectivement OR 0,57 [0,56-0,58] et 0,57 [0,56-0,59]). Par ailleurs, les patients atteints de maladie de Parkinson utilisaient plus fréquemment les soins médicaux que les sujets contrôles.

La maladie de Parkinson a été inversement associée à un diagnostic de MICI globalement (odds ratio (OR) 0,85 [0,80-0,91]), ainsi qu’à la maladie de Crohn (OR 0,83 [0,74-0,93]) et à la rectocolite hémorragique ou RCH (OR 0,88 [0,82-0,96]) prises isolément. 

L’association entre la maladie de Parkinson et la maladie de Crohn était plus forte chez les femmes que chez les hommes (respectivement OR 0,79 [0,68-0,92] et 0,87 [0,73-1,05]), alors que l’association entre la maladie de Parkinson et la RCH était plus forte chez les hommes que chez les femmes (respectivement OR 0,84 [0,74-0,95] et 0,92 [0,82-1,02]).

Ainsi, selon ces résultats, les patients souffrant de MICI auraient un moindre risque de développer une maladie de Parkinson. Par ailleurs la maladie de Parkinson a été inversement associée à la prise d’immunosuppresseurs, de corticoïdes ou à une chirurgie en lien avec la MICI.

Les auteurs suggèrent que l’inflammation des intestins et/ou l’altération du microbiote intestinal en cas de MICI pourrait réduire la vitesse de propagation de l’alpha-synucléine en contenant les agrégats de celle-ci au niveau du tractus intestinal et en évitant ainsi leur migration vers le système nerveux central. 

Principales limitations

Cette étude présente les limites d’une étude basée sur des données administratives (véracité des diagnostic, durée de la MICI, utilisation de traitements, qualité de recueil des comorbidités, …).