Méta-analyse des dérivés de cannabis dans l’épilepsie pharmacorésistante pédiatrique

  • Elliott J & al.
  • Epilepsia
  • 4 déc. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • La compilation des données les plus récentes dans une méta-analyse permet d’avancer que le cannabidiol réduirait la fréquence des crises chez les enfants présentant une épilepsie pharmacorésistante (syndromes de Dravet ou de Lennox-Gastaut), sans pour autant augmenter le nombre de patients n’ayant pas présenté de crise au cours de la période d’évaluation. Les données concernant les autres dérivés sont moins nombreuses et probantes.

  • Ce travail a été mené face à l’accroissement des publications dédiées à l’évaluation des produits dérivés du cannabis dans l’épilepsie. Ses auteurs rapportent qu’une trentaine d’études cliniques sont actuellement en cours et devraient apporter leurs enseignements dans les prochains mois. Par ailleurs, si ces études ont décrit le bénéfice des cannabinoïdes en association avec le traitement antiépileptique habituel, elles n’apportent pas d’informations sur leur efficacité potentielle dans l’épilepsie nouvellement diagnostiquée.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Ces dernières années, plusieurs études ont alimenté le débat concernant le bénéfice potentiel des produits dérivés du cannabis dans le traitement de l’épilepsie, notamment pédiatrique. Par ailleurs, la FDA a enregistré le premier médicament de ce type (Epidiolex ® ) dans le traitement des syndromes de Dravet et de Lennox-Gastaut pharmacorésistants. La compilation de l’ensemble des données actuellement disponibles permet de disposer d’un plus large éventail de preuves.

Méthodologie

Cette méta-analyse a été menée à partir des publications parues jusqu’en avril 2018 sur le sujet. Les essais cliniques randomisés (ECR) et les études non randomisées (ECNR) retenus devaient avoir inclus des sujets de 18 ans ou moins présentant une épilepsie pharmacorésistante et ayant évalué un produit dérivé du cannabis, quelle que soit la voie d’administration, comparativement à une autre approche (pharmacologique, non pharmacologique, placebo, traitements usuels...).

Principaux résultats

  • Au total, la méta-analyse a inclus 4 ECR et 19 ECNR. Les 4 ECR (n=550 participants présentant un syndrome de Dravet ou Lennox-Gastaut, âgés de 7 à 16 ans), avaient tous un faible risque de biais. Les sujets étaient randomisés entre un traitement par cannabidiol (5-20 mg/kg/j) et un placebo pour une durée de 14 semaines maximum. Les 19 ECNR (dont 12 études de cohortes à un bras, n=1.115, sujets âgés de 7 à 14 ans, et présentant de multiples types d’épilepsies) ont évalué des durées de traitement (cannabidiol dans 68% des études) comprises entre 10 jours et 57 mois (toutes ayant un fort risque de biais).

  • La proportion d’enfants ne présentant pas de nouvelles crises (critère principal d’évaluation) n’était pas différente entre le bras cannabidiol et le bras placebo, selon les ECR. La fréquence des crises (critère secondaire) était, en revanche, statistiquement plus faible dans le bras cannabidiol que dans le bras placebo (-19,8 % [-27 à -12,6 %] selon 3 ECR pour des traitements sur 14 semaines).

  • De même, les chiffres concernant le taux de patients bénéficiant d’une réduction d’au moins 50% de la fréquence des crises étaient de 37% sous cannabidiol contre 21% sous placebo pour l’ECR ayant évalué ce paramètre (soit un RR de 1,76 [1,07-288], 1 ECR, traitement sur 14 semaines). Dans les ECNR, ce chiffre oscillait entre 24 et 100% selon les études (traitement sur 8 à 57 semaines). Le cannabidiol augmentait parallèlement la fréquence des diarrhées (RR : 2,25 [1,38-3,68], 3 ECR)

  • Le cannabidiol ne permettait pas d’apporter de bénéfices statistiquement significatifs en termes de qualité de vie, d’amélioration des troubles du sommeil ou de la fréquence des vomissements.

Principales limitations

Il existait une hétérogénéité importante en termes d’intervention et de durée de traitement d’une étude à l’autre.