MERS-CoV : le HCSP en défaveur de la déclaration obligatoire


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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En 2012, apparaissait une nouvelle maladie, le syndrome respiratoire viral du Moyen-Orient dû à un coronavirus (MERS-CoV), surtout localisée dans la région lui donnant son nom, mais également dans quelques pays plus éloignés (par exemple, Corée, en 2013). Entre avril 2012 et avril 2018, la FAO (Food and Agriculture Organization) a recensé 2.199 cas confirmés, ayant entraîné 818 décès (létalité observée : 37%). Parmi eux, 89 % ont été rapportés par les pays de la péninsule arabique, notamment par l’Arabie Saoudite (83% des cas), épicentre de l’épidémie. Tous les cas rapportés en dehors de cette région avaient un lien direct ou indirect avec celui-ci. En Europe, le dernier cas répertorié l’a été en Autriche, en septembre 2016. Dans ce contexte, la DGS (Direction générale de la santé) a demandé au HCSP  (Haut Conseil de la santé publique) d’évaluer la pertinence de la mise en place d’une déclaration obligatoire pour les cas possibles d’infections à MERS-CoV.

Pour rendre son avis, cet organisme a tenu compte de plusieurs éléments, dont les données épidémiologiques précédentes. Les réservoirs de virus sont essentiellement les dromadaires, la contamination à l’homme s’effectuant par voie directe ou indirecte. Il existe une contamination interhumaine, notamment au sein de foyers familiaux et en milieux de soins. Bien que celle-ci ait été responsable de nombreux foyers épidémiques, l’ECDC (European Center for Disease Control and Prevention) a estimé en octobre 2015 que le risque d’importation de cas dans l’Union européenne est faible.

L’analyse de l’ensemble des cas diagnostiqués montre que l’âge moyen des patients est supérieur à 55 ans et la fréquence des comorbidités est élevée, supérieure à 90%; il s’agit surtout de diabète, d’hypertension artérielle, de cardiopathies et d’obésité. La symptomatologie est semblable à celle du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), mais si les deux virus appartiennent à la famille des Coronaviridae , virus à ARN enveloppé, ils sont génétiquement différents. Il s’agit ici essentiellement de fièvre, toux, dyspnée, frissons, myalgies et malaises. La présence d’anomalies radiologiques est la règle. La défaillance respiratoire est la complication majeure. Environ quatre patients hospitalisés sur cinq nécessitent une admission en réanimation.

En France, entre octobre 2012 et décembre 2015, 1.410 cas suspects ont été signalés, 433 cas possibles répertoriés et 2 cas diagnostiqués, dont un cas d’infection nosocomiale. L’infection à MERS-CoV d’importation a donc été un diagnostic exceptionnel chez les voyageurs revenant de la péninsule arabique. Aussi, le dispositif de surveillance renforcé a été levé en septembre 2016. Depuis, aucune information épidémiologique sur les cas possibles n’est disponible au niveau national. Seule une région a mis en place le recours à l’avis systématique d’un infectiologue.

Bien que le MERS-CoV réponde à deux critères de la mise en place d’une déclaration obligatoire (nécessité d’une intervention urgente, surveillance nécessaire), le HCSP ne la recommande pas : « les cas possibles sont pratiquement toujours des atteintes respiratoires banales . » En revanche, il préconise que le dispositif actuel au niveau de chaque région soit précisé afin de permettre la production de données nationales et qu’il soit diffusé auprès des acteurs susceptibles d’y être impliqués.