Menace du virus West Nile sur les transfusions et les dons d’organe


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Le virus West Nile (WNV) est resté longtemps discret en France métropolitaine : 7 cas humains avaient été identifiés en 2003, puis 2 cas humains en 2017. Mais en 2018, 27 cas ont été diagnostiqués, dont 7 avec des symptômes neurologiques. La plupart l’ont été en région PACA, dont 22 dans les Alpes-Maritimes. Cette recrudescence n’est pas propre à la France : en Europe et dans les pays voisins, le nombre de cas a été multiplié par 7 entre 2017 et 2018 (2.083 cas), les pays les plus affectés étant l’Italie, la Serbie, la Grèce, la Roumanie et la Hongrie.

Dans 4 cas sur 5, l’infection était asymptomatique. Mais dans 1 cas sur 5, la personne a développé une fièvre, qui s’est accompagnée de symptômes neurologiques invasifs (méningite, encéphalite, paralysie flasque, Guillain-Barré) dans 68% des cas diagnostiqués, avec 9% de décès.

Un risque croissant de transmission du virus par don de sang ou d’organe

Aucune transmission interhumaine n’a jamais été signalée. En revanche, il existe un risque de transmission du virus par transfusion sanguine ou greffe d’organe. Les donneurs éventuellement infectés ne peuvent pas être repérés par la clinique, puisque dans toute la littérature sur le sujet, un seul avait eu des symptômes évocateurs de la maladie au moment de son don. En France, chaque candidat au don ayant séjourné à l’étranger au moins une nuit dans un pays ou une région affectés est ajourné pendant 28 jours (le WNV est transmis à l’homme et aux animaux par la piqûre nocturne d’un moustique du genre Culex ). Pour les donneurs d’organes, tissus ou cellules en provenance ou résidant dans une région affectée, un diagnostic génomique viral (DGV) est réalisé, associé ou non à une sérologie. En France, ce DGV est réalisé par 4 laboratoires, qui se partagent le territoire.  En 2018, 3 cas ont été détectés dans le cadre de la sécurisation des dons de sang (1 cas sur 44.000 tests réalisés) et des greffons (2 cas).

Il est vraisemblable qu’en 2019, le nombre d’infections à WNV sera élevé à partir de juin et jusqu’en octobre, période de chaleur favorisant le cycle biologique du virus et la prolifération de son vecteur : le virus devient probablement endémique dans la faune locale du sud de la France. La DGS (Direction générale de la santé) a donc saisi le HCSP (Haut Conseil de la santé publique) pour définir la stratégie à adopter vis-à-vis de cette menace sur la qualité des dons de sang et d’organes.

Les recommandations du HCSP

À la suite des recommandations de l’EFS (Établissement français du sang) et de l’ABM (Agence de la biomédecine), le HCSP préconise de distinguer deux situations. Il ne sera mention ici que des produits sanguins labiles : les dons d’organes, tissus ou cellules font l’objet de recommandations longues et détaillées, à consulter dans l’avis du HCSP.

1) Existence d’une alerte épidémiologique à l’étranger.

Mettre en place à partir du 1er juin des mesures préventives pour les candidats au don de retour d’un séjour (au moins une nuit) dans un des pays ou une des régions d’une liste qui devra être actualisée jusqu’au 30 novembre : ajournement ou réalisation d’un DGV de WNV, à l’appréciation de l’ETS (établissement français du sang) concerné.

2) Existence d’une alerte en France.

  • Pour les donneurs prélevés dans les Alpes Maritimes, mettre en place à partir du 1er juillet un DGV WNV en pools de 6 échantillons de chaque donneur.

  • Dès le premier cas humain autochtone confirmé, mettre en place le DGV WNV unitaire pour les donneurs du département concerné ou un ajournement de 28 jours ou la réalisation d’un DGV WNV unitaire pour les voyageurs ayant séjourné au moins une nuit dans le département concerné (le choix est laissé à l’appréciation de l’EFS concerné).

En 2018, ces mesures nécessaires ont entraîné la perte de l’équivalent de deux jours de collecte sur le territoire national. Une exclusion temporaire a été suivie du non retour au don chez 23% des donneurs enregistrés. Enfin il faut noter que les régions les plus touchées par un ajournement de don sont l’Île-de-France et le Grand-Est (près de 35% des ajournements à elles deux).