Maltraitance infantile : des formes diverses, un impact majeur


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La forme de la maltraitance n’est pas le déterminant principal de son impact

Dans son éditorial du numéro spécial du BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) consacré aux maltraitances infantiles, Adrien Taquet, Secrétaire d’État auprès de la Ministre des solidarités et de la santé, rappelle que « chaque année, environ 50.000 plaintes pour violences physiques sur enfant sont déposées et 20.000 pour agressions sexuelles. » Il ajoute que ces chiffres « ne saisissent pas toute l’ampleur de la maltraitance infantile, car ces violences ont des répercussions traumatiques, physiques et psychologiques à court, moyen et long terme. » Dans le même numéro, deux chercheuses québécoises font le point sur l’état actuel des connaissances sur ces répercussions, en commençant par élargir le domaine de la maltraitance à « la négligence physique, émotionnelle, médicale ou éducative, l’abandon ou l’abus psychologique et l’exposition à la violence conjugale. »   Cette extension est importante, parce que les impacts de la maltraitance ne dépendent pas principalement de la forme qu’elle prend : « il existe d’une part des impacts multiples à une même forme de maltraitance et d’autre part, différentes formes de maltraitance peuvent mener à un même impact sur le développement de l’enfant. »

Des conséquences socio-affectives, physiques et cognitives

Les chercheuses distinguent trois types de conséquences repérées dans la littérature. Les conséquences socio-affectives semblent bien documentées : augmentation du risque de comportements de retrait et d’évitement, de symptômes dépressifs et/ou anxieux, de faible estime de soi, de troubles alimentaires, de colère, d’impulsivité, de consommation abusive d’alcool ou de drogues, de délinquance. À plus long terme, la maltraitance infantile est associée à la survenue de violences dans les relations intimes (conjugale, parentale), d’abus de substances, de problèmes scolaires et d’idées suicidaires.

Bien que les études sur ses répercussions physiques soient de plus en plus nombreuses, leurs résultats doivent être interprétés avec prudence, les données probantes étant fréquemment « faibles ou inconsistantes d’une étude à l’autre. »

En revanche, les impacts négatifs sur le fonctionnement cognitif des enfants peuvent apparaître dès l’âge de trois ans, avec par exemple un ralentissement du développement du langage. Plus tard, il s’agira de retards dans le niveau scolaire.

Les conséquences délétères sont d’autant plus graves, voire irréversibles, que la maltraitance a une forme considérée comme sévère, qu’elle survient tôt dans la vie de l’enfant, qu’elle est répétée, qu’elle prend plusieurs formes et qu’elle survient en même temps que d’autres événements de vie difficiles. La période la plus sensible se situerait entre 0 et 36 mois, au moment où la plasticité cérébrale est maximale.

Enfin, la maltraitance fait courir un risque de « revictimisation » (récidive des épisodes de maltraitance) et de « poly-victimisation (maltraitances de différents types au cours de la même période) » : les épisodes de maltraitance s’échelonnent tout au long de l’enfance et de l’adolescence, voire se transposent à l’âge adulte, « contribuant ainsi au cycle de l’adversité et de la violence familiale . »

Une évaluation encore très insuffisante

Les stratégies de prévention s’articulent autour de la théorie de l’attachement, qui énonce l’importance capitale du lien entre l’enfant et un adulte de prédilection, auquel le jeune enfant “s’attache” et qui lui sert de repère dans la vie. Les plus efficaces sont les programmes de visite à domicile et ceux développant les compétences parentales (habiltés, dans le vocabulaire québécois), mais les politiques visant à accroître le bien-être familial (économiques, légales, éducatives) sont évidemment cruciales. L’évaluation de ces initiatives est difficile : « très peu de pays sont en mesure de chiffrer de manière fiable la fréquence et la nature de la maltraitance infantile au sein de leur population. » Les données administratives, comme celles procurées en France par l’Observatoire national de protection de l’enfance, fournissent peu de renseignements sur la sévérité des cas, le profil psychosocial des enfants maltraités et les caractéristiques de leur milieu de vie. Il est nécessaire de réaliser des études auprès des professionnels de santé et de l’enfance et des enquêtes populationnelles sur des échantillons représentatifs.