Malnutrition des sujets atteints de cancer : où en est-on en France ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Le vieillissement de la population est l’un des enjeux majeurs de notre société française comme pour l’ensemble des pays européens. Bien que les pathologies malignes interviennent à tout âge, les sujets âgés représentent plus de 40% des personnes atteintes de cancer.  Or, cette population est plus sujette aux comorbidités. L’état nutritionnel est un facteur prédictif indépendant de la morbi-mortalité. Jusqu’à 10% des sujets âgés atteints de cancer décèdent suite à une cachexie progressive. NutriCancer est une étude qui visait à comparer la prévalence de la malnutrition et de la prise en charge nutritionnelle chez des sujets atteints de cancer de 70 ans et plus par rapport à des sujets plus jeunes (

Méthodologie

  • Analyse post hoc de l’étude NutriCancer 2012, étude transversale nationale d’une journée évaluant la malnutrition chez des adultes souffrant de cancer en France.
  • Les patients inclus dans l’étude étaient des sujets atteints de cancer à la date de l’étude, hospitalisés ou traités en ambulatoire.
  • Les données ont été recueillies au moyen de questionnaires remplis par le médecin, le patient et le soignant.

Résultats

  • L’étude s’est déroulée le 9 octobre 2012. 2.095 sujets éligibles ont été inclus consécutivement.
  • L’âge moyen des plus âgés était de 75,4 ans et la plupart étaient des hommes (53,6%). Un tiers des sujets âgés avaient 80 ans et plus. La moitié des sujets âgés était hospitalisée (52,6% vs 51% chez les plus jeunes, p =0,5).
  • Les analyses post hoc ont permis de comparer 578 sujets âgés (27,6%) vs 1.517 sujets jeunes (72,4%).
  • Une différence de localisation des cancers était perceptible entre les deux groupes, notamment en ce qui concerne le cancer gastrointestinal (27% chez les jeunes vs 42% chez les plus âgés), le cancer du sein (respectivement 17% vs 8%) et le cancer oro-pharyngé (respectivement 15% vs 9%).
  • La perte de poids était significativement plus fréquente chez les sujets âgés que chez les plus jeunes (73,6% vs 67,6%, p=0,009). Globalement, depuis le diagnostic de cancer, les sujets âgés avaient perdu 5,1±7,6 kg et les sujets jeunes 4,8±8,7 kg.
  • Les sujets âgés étaient également plus susceptibles d’avoir une malnutrition que les plus jeunes (44,9% vs 36,7%, p=0,0006).
  • Bien que les apports alimentaires étaient comparables entre les deux groupes, les médecins avaient tendance à surestimer les apports alimentaires, en particulier chez les sujets âgés.
  • Chez les sujets âgés, la prise en charge de la malnutrition était plus fréquemment proposée par le biais de conseils alimentaires et compléments nutritionnels oraux que chez les plus jeunes ; en revanche, le recours à la nutrition entérale était significativement plus faible chez les sujets âgés.

Limitations

  • Étude observationnelle, manque de données scorées (ex. utilisation du score MNA).
  • Seuls les patients sans troubles cognitifs ont pu remplir le questionnaire.

Financements

Étude financée par Fresenius-Kabi France.

À retenir

En France, le diagnostic et la prise en charge de la malnutrition chez les personnes âgées constituent des préoccupations importantes pour les autorités sanitaires. Par ailleurs, la surévaluation des apports alimentaires par les soignants contribue à retarder la prise en charge de la malnutrition. Les analyses de l’étude NutriCancer 2012 montrent ici que la malnutrition est fréquente chez les sujets âgés (≥70 ans) souffrant de cancer, et encore plus fréquente que chez les plus jeunes (