Maladie rénale chronique : vigilance renforcée


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Un article publié dans Néphrologie & Thérapeutiquevient de faire le point sur la prévention des risques de iatrogénies médicamenteuses en cas de maladie rénale chronique. En France, seulement la moitié des 3 millions de personnes souffrant de cette pathologie seraient diagnostiqués. Parmi eux, 11.000 passent chaque année au stade d’insuffisance rénale chronique terminale nécessitant un traitement de suppléance. Et, nombreux de ces sujets n’y étaient pas préparés. Le vieillissement de la population, les maladies chroniques (obésité, maladies cardiovasculaires, hypertension artérielle, diabète, …) sont autant de facteurs qui favorisent l’altération de la fonction rénale. Et pourtant… les facteurs de risque de la maladie rénale chronique sont connus et pour beaucoup faciles à identifier. 

De nombreux acteurs de soins ont un rôle à jouer pour que la prise en charge médicamenteuse de ces patients soit optimisée. En effet, un nombre conséquent de prescriptions et de dispensations de médicaments ne sont pas adaptés, c’est pour cela que l’auteur de l’article, membre de l’Académie Nationale de Pharmacie rappelle que celle-ci recommande :

  • Aux prescripteurs d’indiquer le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGé) de ces patients sur les ordonnances au même titre que les autres mentions obligatoires ; de ne pas prescrire de médicaments connus pour leur néphrotoxicité chez ces patients (AINS notamment) ; de prévenir les patients atteints de maladie rénale chronique d’éviter toute automédication sans avis d’un médecin ou d’un pharmacien et de tenir à jour le dossier médical partagé (DMP) en précisant le statut de malade rénal chronique et le DFGé du patient.
  • Aux radiologues de toujours vérifier le DFGé avant injection de produit de contraste.
  • Aux pharmaciens de vérifier les posologies de l’ordonnance en fonction du DFGé et d’être particulièrement vigilant sur les éventuelles interactions médicamenteuses au regard des informations du DMP - ou des résultats d’analyses qu’ils peuvent demander aux patients. Les pharmaciens doivent refuser la délivrance de médicaments ou de compléments alimentaires qui ont une potentielle toxicité rénale (AINS, inhibiteurs de la pompes à protons au long cours, Harpagophytum, herbes chinoises à base d’acide aristolochique) en cas d’insuffisance rénale chronique. Ils est également important qu’ils rappellent aux patients les conseils hygiéno-diététiques.
  • Aux biologistes médicaux, l’Académie Nationale de Pharmacie recommande de participer activement aux campagnes de dépistage des sujets à risque, d’estimer le débit de filtration glomérulaire en utilisant de manière préférentielle, la formule CKD-EPI (recommandée par la HAS depuis 2012) avec une méthode enzymatique pour le dosage de la créatinine. Ce sont des acteurs éminemment clés pour indiquer le DFGé sur le DMP.
  • Aux pouvoirs publics, de renforcer l’enseignement concernant le rein et ce dès le collège, d’organiser des campagnes de dépistage et d’information ciblées, d’élaborer un guide du bon usage des médicaments chez les patients particulièrement à risque de maladie rénale chronique. L’Académie Nationale de Pharmacie recommande également l’intégration d’une alerte en cas d’anomalie du DFGé directement dans les logiciels des médecins et des pharmaciens, et l’indication des posologies adaptées au DFGé estimé par la formule CKD-EPI sur les RCP (résumé des caractéristiques  du produit).
  • Aux patients, l’Académie Nationale de Pharmacie recommande de signaler à tous professionnels de santé leur maladie rénale chronique, de ne pas prendre de médicaments, de compléments alimentaires ou de produits de phytothérapie sans avis médical ou pharmaceutique, de bien respecter le suivi médical et biologique et de se rapprocher le cas échéant d’une association de patients.
  • Enfin, l’Académie de Pharmacie recommande au grand public de participer activement aux campagnes de dépistage et déconseille toute automédication notamment les médicaments contenant des AINS (aspirine compris) à forte doses au long cours.