Maladie de Kawasaki : favorisée ou non par le COVID-19 ?

  • Ouldali N & al.
  • Lancet Child Adolesc Health
  • 1 sept. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les résultats d’une étude française ayant exploré l’incidence des hospitalisations pour cause de maladie de Kawasaki en France durant l’épidémie de COVID-19 et durant les 15 précédentes années viennent d’être publiés dans The Lancet. Ces résultats suggèrent que l’infection à SARS-CoV-2 – pourrait constituer un facteur favorisant le déclenchement de la maladie de Kawasaki chez l’enfant. En atteste une nette augmentation des hospitalisations liées à cette indication en région parisienne deux semaines après le pic épidémique de COVID-19. Ces analyses ont également révélé l’existence d’un précédent pic en 2009 lors de l’épidémie de grippe H1N1. Ainsi, ces données sont en faveur d’une relation forte entre infection virale respiratoire chez l’enfant et risque de développer une maladie de Kawasaki.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Un lien entre COVID-19 et maladie de Kawasaki a été suggéré au cours de l’épidémie de COVID-19 au début 2020, à la fois par des équipes italiennes et françaises. Cette maladie est une vascularite infantile systémique fébrile aiguë dont on soupçonne qu’elle soit déclenchée par une infection respiratoire virale. Les données présentées ici constituent la seule analyse d’envergure - sur une période de 15 ans – évaluant les cas d’hospitalisation pour maladie de Kawasaki dans le temps. Ces informations sont utiles pour l’organisation des structures de soins si l’épidémie de COVID-19 continue sa progression.

Méthodologie

Une analyse de séries chronologiques discontinues de cas déclarés au cours des 15 dernières années a été réalisée dans un centre pédiatrique tertiaire de région parisienne. Parallèlement le nombre d’admissions aux urgences entre 2005 et 2020 et les résultats de PCR nasopharyngées menées entre 2017 et 2020 et visant à identifier les agents pathogènes en cause ont été analysés. Ces données ont elles-mêmes été comparées aux admissions hospitalières quotidiennes pour cause de COVID-19 dans la même région.

Principaux résultats

Ainsi, 230 enfants atteints de la maladie de Kawasaki entre le 1er décembre 2005 et le 20 mai 2020, ont été inclus (58% de garçons, enfants âgés de 1 mois à 15,5 ans).

Sur les 15 années étudiées, le nombre médian d’hospitalisations correspondantes a été estimé entre 1 et 2 par mois. Une nette augmentation des cas de maladie de Kawasaki a bien été mise en évidence en avril 2020, correspondant à 6 cas par mois, soit une augmentation de 497% [72-1.082], p=0,0011. Cette augmentation a commencé deux semaines après apparition du pic épidémique sur la région. À ce moment-là, le SARS-CoV-2 était le seul virus à circuler de manière intense. Huit sujets sur 10 hospitalisés pour cause de maladie de Kawasaki ont montré une infection COVID-19 confirmée par PCR ou sérologie. L’augmentation de ce nombre d’hospitalisation n’était pas corrélée à une augmentation globale des hospitalisations sur la même période, car au contraire, une diminution des admissions hospitalières a été constatée sur la même période, probablement du fait du confinement.

Un autre pic d’hospitalisation pour cause de maladie de Kawasaki a été identifié en décembre 2009 en pleine pandémie de grippe H1N1 (6 cas par mois, soit une augmentation de 365% [31-719], p=0,0053).