LMC : quand arrêter les inhibiteurs de tyrosine kinase ?

  • Saussele S & al.
  • Lancet Oncol
  • 1 juin 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Chez les patients atteints de leucémie myéloïde chronique (LMC) traités par inhibiteur de tyrosine kinase (ITK) et en réponse moléculaire profonde, la question d’un arrêt du traitement se pose. Cette large étude européenne montre que le taux de survie sans rechute est de 61%, 6 mois après l’arrêt du traitement, avec un risque de rechute plus important au cours des 6 premiers mois. Un arrêt de traitement est donc envisageable et sûr sous réserve d’une surveillance moléculaire des transcrits du gène de fusion BCR-ABL1.

Une plus longue durée de traitement et surtout de rémission moléculaire avant arrêt constituent des facteurs prédictifs importants du taux de survie sans rechute à 6 mois et doivent donc être considérés avant toute prise de décision. En plus du gain de qualité de vie pour les patients, les auteurs soulignent aussi la réduction substantielle des coûts de prise en charge associée à ces arrêts de traitement.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les inhibiteurs de tyrosine kinase, avec l’imatinib pour chef de file, ont révolutionné la prise en charge des patients atteints de LMC et leur espérance de vie se rapproche aujourd’hui de celle de la population générale. Une réponse moléculaire complète durable peut être obtenue et pose la question de l’arrêt des traitements. Cependant les conditions de cet arrêt ne sont pas clairement définies. L’étude européenne EURO-SKI, soutenue par l’Institut National du Cancer (INCa) et la fondation European Leukemia Net (ELN) est actuellement en cours. Elle représente le plus large essai ayant suivi des patients au niveau moléculaire après arrêt de traitement et vient de rendre ses premiers résultats dans The Lancet Oncology.

Méthodologie

Cet essai non randomisé et réalisé en ouvert a inclus des sujets atteints de LMC issus de 61 centres européens (11 pays). Pour être éligibles, les patients devaient être adultes (≥18 ans), en phase chronique de leur pathologie, avoir reçu des ITK durant au moins 3 ans sans échec de traitement et être en réponse moléculaire profonde depuis au moins 1 an. Celle-ci était définie par des taux d’ARNm BCR-ABL1 détectables mais ≤0,01% sur l’échelle internationale ou indétectables en présence d’au moins 10.000 transcrits ABL1 ou de 24.000 GUS.

Résultats

  • Lors de l’analyse, une évaluation moléculaire a pu être réalisée sur 755 patients en réponse moléculaire profonde (RMP) depuis au moins 1 an, avec une durée de suivi moyenne de 27 mois.
  • Parmi ces patients, la moitié (49%) ont perdu leur réponse moléculaire majeure (RMM) après l’arrêt des ITK (critère principal). La perte de RMM se produisait plus souvent (80% des cas) au cours des 6 premiers mois.
  • Alors qu’ils étaient en RMM, 1% d’entre eux sont décédés pour des raisons indépendantes de leur LMC, et 2% ont redémarré un ITK. 1% des patients sont décédés en phase chronique de leur maladie suite à la perte de leur RMM et le redémarrage d’un ITK, mais sans que le décès puisse être attribué à leur LMC et enfin, et moins de 1% des patients ont perdu leur RMM malgré la reprise d’ ITK. 
  • In fine, le taux de survie sans rechute a été de 61% mesuré à 6 mois et de 50% à 24 mois.
  • L’analyse des facteurs pronostiques de RMM à 6 mois, menée sur un échantillon de 405 patients ayant reçu de l’imatinib en première ligne de traitement, a montré qu’une plus longue durée de traitement ou de RMP avant arrêt de l’ITK était associée à des chances accrues de conserver une RMM à 6 mois : OR de 1,14 [1,05-1,23] (p=0,0010) et de 1,13 [1,04-1,23] (p=0,032) respectivement. Des seuils minimums de 5,8 ans pour la durée de traitement et de 3,1 ans pour la durée de RMP ont pu être définis.
  • La probabilité de survie sans rechute à 6 mois était également augmentée en cas de prétraitement par interféron durant plus de 1,5 an. En revanche, l’ITK utilisé en première ligne de traitement n’affectait pas les résultats.
  • Il n’y a par ailleurs pas eu d’effets indésirables graves liés à l’arrêt du traitement.