Les troubles de la réfraction restent mal corrigés dans la population âgée française

  • Naël V & al.
  • JAMA Ophthalmol
  • 20 sept. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Près de 40% des sujets âgés participant à l’étude bordelaise ALIENOR présentent des troubles de la réfraction non corrigés (myopie, hypermétropie, astigmatisme...). Ce chiffre est particulièrement préoccupant parmi ceux qui ne peuvent se rendre en consultation (49,4%), mais reste significatif chez ceux qui présentent parallèlement une pathologie oculaire liée à l’âge (entre 30,0 et 44,1% selon la pathologie concernée).

  • La perception du coût élevé des consultations spécialisées et le fait que la diminution de l’acuité visuelle soit normale au cours du vieillissement sont deux opinions qui apparaissent déterminantes dans le fait de présenter des troubles non corrigés, alors qu’ils pourraient être améliorés significativement dans une majorité de cas. Ce constat appelle à une meilleure vigilance concernant le suivi ophtalmologique des sujets âgés, y compris ceux qui sont pris en charge pour une pathologie oculaire liée à l’âge.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les troubles de la réfraction non corrigés représentent près de la moitié des troubles visuels. Certaines études ont estimé leur prévalence comprise entre 2,4 et 20,5%, mais ces chiffres sont issus d’une population relativement jeune. Des chercheurs français ont souhaité évaluer cette prévalence au sein d’une population âgée, parmi laquelle les troubles visuels sont plus fréquents, et en focalisant leur attention sur deux groupes : ceux présentant des pathologies liées à l’âge et ceux qui ne peuvent se rendre à des consultations externes. Les causes de cette non-correction ont également été recherchées.

Méthodologie

L’étude a été menée auprès des participants de l’étude ALIENOR dédiée aux facteurs vasculaires associés à la démence. Tous les participants inclus auprès du centre bordelais se sont vus proposer un bilan ophtalmologique, mené initialement dans le centre puis, en centre ou au domicile en cas d’incapacité à se déplacer, à partir de la 4 e année de suivi. Le bilan comportait une recherche et une évaluation des troubles de la réfraction et des pathologies liées à l’âge. À cette occasion, un questionnaire portant sur les obstacles au recours aux soins d’ophtalmologie a été soumis aux patients.

Principaux résultats

  • L’analyse a été menée auprès de 707 patients (âge moyen 84,3 ans, dont 64,8% de femmes et 42,7% avaient un niveau d'éducation supérieur). Parmi eux, 45,8% conduisaient encore, 37,3% avaient une limitation de leur activité quotidienne et 14,0% un diabète.

  • Au sein de cette cohorte, 60,4% présentaient une acuité visuelle non corrigée inférieure à 20/25. Par ailleurs, la fréquence de la rétinopathie et du glaucome, et celle de la cataracte étaient respectivement de 45,1% et 7,6%.

  • Parmi les 38,8% de sujets présentant des troubles de la réfraction non corrigés, une correction a permis d’apporter un gain médian d’acuité visuelle de 3 lettres ETDRS. Globalement, une amélioration d'au moins 44% de l’acuité visuelle a pu être obtenue par une correction appropriée.

  • Après ajustement sur l’âge, la proportion des troubles de la réfraction non corrigés n’était pas différente selon qu’il existait ou non une pathologie oculaire. En revanche, elle était supérieure au sein de la cohorte de patients examinés à domicile (49,4% [42,8-55,9] contre 33,5% [29,2-37,9], p

  • La réalisation de l’examen à domicile, le fait de vivre seul, la perception vis-à-vis du coût élevé des consultations ou le sentiment que le déclin de l’acuité visuelle est normal au cours du vieillissement, constituaient les 4 facteurs prédictifs de troubles de la réfraction non corrigés (OR ajustés respectifs : 1,64 [1,13 à 2,37], 0,65 [0,47 -0,90], 1,94 [1,12-3,36] et 1,47 [1,04-2,08]).

Principales limitations

Il s’agissait d’une étude transversale. Par ailleurs, l’âge avancé de la population incluse empêche toute généralisation à une population plus jeune.

Financement

L’étude a notamment reçu des financements de l’Inserm, de la FRM et de Sanofi-Aventis.