Les traits de personnalité à l’adolescence, des indicateurs précoces du risque de démence

  • Chapman BP & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 16 oct. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette étude menée chez de jeunes étudiants indique que la vigueur à l’adolescence, définie par la vitalité et le niveau d’activité général, est associée à une réduction du risque de démence plus de 50 ans plus tard.
  • Les personnalités calmes et matures sont également associées à un risque plus réduit de démence, mais avec un effet protecteur n’apparaissant que chez les sujets à statut socio-économique élevé.
  • Ces résultats suggèrent que ces traits de personnalité à faible neurotisme (tendance aux émotions négatives) et à haut niveau de conscience amènent à avoir une vie moins exposée aux facteurs de risque de démence et soulignent l’importance des facteurs psychosociaux dans le développement de ce type de pathologie.

 

Chez le sujet âgé, le type de personnalité, et en particulier un neurotisme marqué et un faible niveau de conscience, ont été identifiés comme associés au risque de démence bien avant le stade clinique. On sait que la neurodégénérescence impliquée dans la démence débute bien avant la survenue des premiers symptômes. Mais le temps court d’observation des études disponibles ne permet pas de déterminer si le type de personnalité reflète précocement une maladie en cours de développement ou bien s’il s’agit d’un facteur de risque en lui-même. Pour répondre à cette question, des chercheurs américains se sont intéressés à des adolescents, en prenant pour hypothèse que les processus neuropathologiques associés à la démence ne pouvaient être déjà présents à ces âges. Et ils ont exploré les potentielles associations entre type de personnalité à l’adolescence et risque ultérieur de démence, en prenant en compte l’impact du statut socio-économique susceptible d’influer sur le développement de la pathologie.

Rechercher une association potentielle entre profils de personnalité identifiés à l’adolescence et existence d’une démence 50 ans plus tard

À partir des élèves américains en études secondaires en 1960, une cohorte de 82.232 sujets présents dans la base de données Medicare entre 2011 et 2013 (période index) a été constituée. Le profil de personnalité de ces sujets avait été identifié à l’adolescence parmi 10 personnalités types à l’aide du questionnaire à 150 items Project Talent Personality Inventory. Puis ceux ayant reçu un diagnostic de démence selon l’ICD-9 plus de 50 ans plus tard, ont été identifiés de façon à repérer d’éventuelles associations, en tenant compte du statut socio-économique évalué à partir du niveau d’éducation des parents, des revenus, de la profession et de leurs biens immobiliers.

Vigueur, calme et maturité des facteurs protecteurs précoces contre la démence

L’âge moyen des participants était de 15,8 ans à l’inclusion et de 69,5 ans en fin de suivi, en moyenne 53,7 ans plus tard. Lors de la réalisation de l’analyse en 2011-2013, 3,1% d’entre eux avaient reçu un diagnostic de démence. La vigueur à l’adolescence était associée à une réduction de 7% du risque de démence ultérieure, avec un hazard ratio (HR) de 0,93 [0,90-0,97] pour chaque déviation standard par rapport à la moyenne (p

Parmi les sujets ayant un statut socio-économique élevé, les personnalités calmes et matures avaient un risque inférieur de développer une démence par la suite, avec des HR de 0,89 [0,84-0,95] et de 0,090 [0,85-0,96] respectivement pour chaque déviation standard (p interaction = 0,001 pour les deux). Le calme est un indicateur d’un faible niveau de neurotisme et la maturité reflète un niveau plus élevé de conscience, des facteurs de personnalité déjà repérés chez l’adulte comme influant sur le risque de démence. Chez les sujets à statuts socio-économiques les plus bas, les types de personnalité ne semblaient pas influer sur le risque de démence.