Les thérapies cognitives et comportementales digitales sont efficaces pour améliorer la qualité de vie liée au sommeil

  • Espie CA & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 25 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Chez les sujets souffrant d’insomnie chronique, les thérapies cognitives et comportementales  digitales (TCCd) sont efficaces pour améliorer les symptômes nocturnes, mais aussi diurnes. Par rapport à une simple éducation à l’hygiène du sommeil, le fonctionnement global et le bien-être psychologique sont modestement améliorés. Un effet beaucoup plus net est observé sur la qualité de vie liée au sommeil. Ces résultats confirment ces thérapies comme un traitement à privilégier dans la prise en charge des insomnies.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

L’insomnie concerne 15 à 20% des français et la moitié d’entre eux souffrent d’une forme sévère. Lorsqu’ils surviennent de façon chronique, ces troubles altèrent la qualité de vie au quotidien (irritabilité, difficultés de concentration, somnolence diurne) et peuvent avoir des conséquences délétères sur la vie professionnelle et sociale, ainsi que sur la santé. Les thérapies cognitives et comportementales ou psychothérapie constituent le traitement de première intention du fait de leur efficacité et de la durabilité de leurs effets (1). De récentes méta-analyses ont indiqué que ces thérapies pouvaient être efficaces sur les symptômes nocturnes lorsqu’elles étaient délivrées par des outils digitaux (TCCd). Une équipe britannique a, cette fois, souhaité évaluer l’impact de ces interventions sur les répercussions diurnes de l’insomnie.

Conception de l’étude

Cet essai randomisé a comparé une TCCd à une éducation au sommeil chez des sujets adultes souffrant d’insomnie. La TCCd était délivrée durant 12 semaines via une application web ou mobile en plus des traitements usuels déjà reçus par les patients (6 sessions de 20 minutes). L’éducation au sommeil était accessible depuis un site Internet et via un livret téléchargeable pour une seule session, et les sujets de ce groupe poursuivaient également leur traitement usuel. L’évaluation de ces interventions était réalisée en ligne à l’inclusion, après 4, 8 et 24 semaines et mesurait le score sur l’échelle globale de fonctionnement, le bien-être psychologique sur l’échelle Warwick-Edinburgh Mental Wellbeing Scale et la qualité de vie liée au sommeil sur l’échelle de Glasgow.

Résultats

  • Les 1.711 sujets inclus dans l’étude comprenaient 77,7% de femmes et 91,1% de sujets d’origine caucasienne et leur âge moyen était de 48 ans. 
  • Les TCCd (n=853) ont été associées à une amélioration significative du fonctionnement global par comparaison à une simple éducation au sommeil (n=858), mais avec une faible taille d’effet : d de Cohen de 0,16 à la 4semaine, de 0,31 à la 8semaine, maintenu à la 24semaine (p
  • Le bien-être psychologique a également été amélioré, avec une faible taille d’effet : d de Cohen de 0,13 à la 4semaine, de 0,35 à la 8et de 0,38 à la 24e. Mais l'impact des troubles du sommeil sur la qualité de vie liée au sommeil, a en revanche été fortement diminué : d de Cohen de -0,69 à la 4semaine, -1,38 à la 8et -1,46 à la 24semaine.
  • L’analyse de médiation a par ailleurs pu montrer que l’amélioration des symptômes d’insomnie contribuait à une part importante de l’effet observé sur la qualité de vie liée au sommeil (45,5% à 8 semaines et 65,9% à 24 semaines).
  • Parmi les critères secondaires, les symptômes de dépression, d’anxiété, de somnolence et de troubles cognitifs ont tous été améliorés sous TCCd (vs simple éducation à l’hygiène du sommeil) aux 3 points de mesure, avec cependant une faible taille d'effet. Un effet modéré à élevé sur la fatigue a également été observé.

Limitation

Comme souvent avec les programmes digitaux, une proportion importante de sujets n’a pas été jusqu’au bout de l’intervention et seuls 58% des participants ont suivi au moins 4 sessions de TCCd.

 

 

1. Prise en charge du patient adulte se plaignant d’insomnie en médecine générale. HAS, Synthèse des recommandations, décembre 2006 [En ligne]  https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/rpc_sftg_insomnie_-_synthese_des_recommandations.pdf

2. d de Cohen : mesure descriptive utilisée pour indiquer une taille d’effet. Il correspond à la différence entre deux moyennes divisée par l’écart-type. Un de Cohen aux alentour de 0,2 traduit un effet de faible amplitude ; 0,5, un effet de taille moyenne et 0,8 un effet de forte magnitude.