Les robots au service de la santé sexuelle ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Le BMJ Sexual & Reproductive Health   consacre un éditorial à l’apport que peut constituer les robots sexuels, ou sexbots, dans le domaine de la santé sexuelle. Les données sont en réalité extrêmement rares dans la littérature et l’intérêt de tels robots en santé sexuelle semblent particulièrement maigre actuellement. Pourtant, leurs fabricants ne se privent pas d’allégations. Dans l’attente d’études dédiées rigoureuses et éthiquement acceptables, ce texte constitue surtout une mise en garde du corps médical contre les vertus supposées de ces robots.

 

Les fabricants qui composent cette industrie émergente mettent en avant trois problématiques dans lesquelles les sexbots pourraient principalement présenter des avantages : les risques sanitaires liés à la prostitution, la prise en charge de l’isolement ou de la dysfonction sexuelle et le soin des criminels sexuels pédophiles ou non pédophiles.

Ainsi, si certains envisagent les sexbots comme un moyen de réduire le risque de violence et d’infections liées à la prostitution, l’hypothèse reste hautement spéculative. Elle doit aussi être mise en balance avec le fait qu’un tel recours imposerait de rediscuter la question de la décriminalisation de la prostitution et qu’il créerait une dissonance avec le mouvement actuel de libération de la parole et de dénonciation de la culture du viol par les femmes.

La façon dont les sexbots peuvent venir en aide aux sujets souffrant de handicap physique, aux sujets âgés ou à ceux présentant un isolement ou des troubles sexuels devra aussi être évaluée, afin notamment de qualifier si l’expérience sexuelle est satisfaisante sur le plan physique et psychologique, et afin d’évaluer si les interactions sociales, le sentiment d’isolement ou de rejet que peuvent ressentir les personnes en détresse utilisant ces robots peuvent en être modifiés. L’auteur souligne qu’une relation avec un sexbot est assimilable à une pratique masturbatoire et, en conséquence, peut renforcer de façon contre-productive le sentiment d’isolement. La place de ces robots dans une thérapie sexuelle chez les couples rencontrant des libidos inégales ou dans lesquels l’homme rencontre une dysfonction érectile reste également à définir, entre vertus potentielles et risque pour la qualité relationnelle au sein du couple.

Enfin, les auteurs de cet éditorial insistent pour que les sexbots ne soient définitivement pas utilisés comme approche thérapeutique ou en réponse à une pulsion chez les criminels sexuels et pédophiles, tant que des études scientifiquement et éthiquement irréprochables ne seront pas disponibles pour évaluer cet enjeu, que certains fabricants n’hésitent pas à alléguer.

 

Sur ce constat, insistent les deux co-auteures de l’éditorial, il est indispensable que le corps médical ne laisse pas l’argumentation sur ces questions aux seules mains des fabricants…