Les opioïdes de niveau III sont-ils suffisamment prescrits chez les sujets souffrant de cancer en France ?

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  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Les résultats d’une étude portant sur plus de 4.000 sujets montrent que les deux tiers des patients ayant reçu un diagnostic de cancer depuis 5 ans, souffrent de douleurs chroniques. La prescription d’opioïdes de palier III reste encore très limitée chez ces sujets et des disparités existent en fonction de données médicales et socio-économiques liées aux patients. Les auteurs suggèrent qu’une meilleure prise en charge des douleurs chroniques – intégrant notamment des opioïdes de niveau III à un stade plus précoce de la maladie – pourrait contribuer à réduire leur prévalence chez les patients qui souffrent de cancer.

Méthodologie

L’étude VICAN a évalué la prise en charge de la douleur chronique par opioïdes, chez des sujets ayant reçu un diagnostic de cancer 5 ans auparavant (entre 2010-2011). L’objectif était également d’identifier les facteurs associés à une prescription d’opioïdes chez ces patients.

Principaux résultats

Ainsi, entre 2015-2016, 4.174 patients ayant reçu un diagnostic de cancer cinq ans auparavant ont été interviewés. Parmi eux, 39,5% avaient entre 18 et 49 ans au moment du diagnostic, 62,6% étaient des femmes et environ la moitié des sujets souffraient de cancer du sein. En compilant les données cliniques, médico-administratives et les déclaratifs patients, les chercheurs ont mis en évidence que :

  • 63,5% des sujets souffraient de douleurs chroniques. Ces chiffres variaient en fonction du type de cancer (50,1% pour les cancers de la vessie et 72,1% pour les cancers du sein) ;
  • la douleur chronique était plus fréquente chez les femmes ayant reçu un diagnostic de cancer du sein, chez les jeunes et chez ceux ayant un faible niveau d’éducation, ainsi que chez ceux qui avaient des douleurs neuropathiques ;
  • Parmi ceux qui souffraient de douleurs chroniques (n=2.578), 68,1% étaient des femmes et 41,7% étaient âgés de 18 à 49 ans. Au sein de cette population, 21,0% n’avaient pas reçu d’opioïdes depuis le diagnostic de cancer, 64,6% s’étaient vus prescrire au moins un antalgique de palier II depuis le diagnostic et 14,4% au moins un antalgique de palier III ; Dans ces deux derniers groupes, la prescription d’opioïdes était plus susceptible d’avoir été réalisée chez des sujets se plaignant de douleurs neuropathiques, souffrant de dépression, de fatigue ou ayant une qualité de vie physique et mentale altérée ;
  • Les opioïdes de palier III étaient plus fréquemment prescrits chez des sujets souffrant de cancer des voies aérodigestives hautes (48,5%), du cancer du poumon (35,3%) et le moins fréquemment chez les sujets souffrant de mélanome (6,5%).
  • Après ajustement sur l’âge, le sexe, le type d’activité professionnelle au moment de l’enquête, il est apparu que les patients les plus susceptibles de recevoir un traitement par opioïde de palier III étaient plus souvent des hommes, jeunes, avec métastases, ainsi que des sujets qui avaient été sans emploi dans les cinq dernières années, avaient déclarés des symptômes dépressifs, et qui avaient reçu une chimiothérapie ou une radiothérapie, et qui avaient déjà eu une prise en charge de leurs douleurs chroniques en milieu hospitalier. 

Limites

La douleur correspondante à la prescription d’un opioïde était auto-déclarée et non cliniquement diagnostiquée.