Les nouvelles recommandations alimentaires répondent-elles vraiment aux recommandations nutritionnelles ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une équipe marseillaise a montré grâce à des diètes modélisées que les nouvelles recommandations alimentaires (diffusées par Santé publique France depuis octobre 2019) permettent globalement une meilleure adéquation aux recommandations nutritionnelles hormis pour les produits laitiers dont la consommation a été diminuée de 3 portions/jour à 2 portions/jour. Les chercheurs montrent qu’un retour à 3 portions de produits laitiers par jour augmenterait un peu les apports en lipides totaux, mais permettrait une meilleure adéquation aux recommandations nutritionnelles en calcium et en vitamine B12.

Protocole de l’étude

Cette approche de modélisation individuelle a permis d’associer une diète observée (apports alimentaires déclarés comme consommés par des adultes) à deux diètes modélisées (PL2 respectant l’ensemble des nouvelles recommandations et PL3 intégrant une portion supplémentaire de produits laitiers).

Principaux résultats

Par rapport aux apports déclarés (diète observée), l’application stricto sensudes recommandations alimentaires 2019 (diète PL2) a montré :

  • Une augmentation des quantités de fruits, légumes, fruits à coques, produits céréaliers et matières grasses végétales,
  • Une diminution des céréales raffinés, des viandes, des plats mixtes à base de viande, des produits laitiers, des desserts lactés, des viennoiseries-tartes, des boissons sucrées, des jus de fruits, des matières grasses animales et des produits de la mer (dans une très faible mesure).

Les constats étaient similaires entre les apports déclarés et la diète PL3 hormis pour le groupe des produits laitiers pour lequel le lait restait stable alors que la consommation de yaourts était augmentée de 43 g/j et celle des fromages de +13g/j. 

Par rapport aux apports déclarés, PL2 et PL3 favorisaient la consommation d’aliments d’origine végétale (respectivement +5,9% et +2,2%) ; diminuaient les apports énergétiques (-32 kcal/100 g en moyenne dans les modèles PL2 et PL3) et diminuaient les apports en protéines. Les glucides restaient stables dans le modèle PL2 et diminuaient dans le modèle PL3, alors que les sucres libres restaient stables dans les deux modèles. Les lipides totaux restaient stables dans le modèle PL2 et augmentaient dans le modèle PL3, et la contribution des acides oléique et alpha-linolénique aux apports énergétiques totaux augmentait nettement dans les deux modèles (de manière plus prégnante dans le modèle PL2). Ainsi le ratio acide linoléique/acide alpha-linolénique était amélioré dans les deux modèles PL2 et PL3 (9,5 versus11,4 pour les apports observés). L’apport en acides gras oméga-3 à longue chaîne EPA + DHA était amélioré dans les 3 diètes (observée, PL2 et PL3), mais toujours nettement insuffisant par rapport aux recommandations nutritionnelles, et plus particulièrement dans les modèles PL2 et PL3. Les apports en fibres ont été augmentés dans les 2 modèles (18,5g  en apports observés versus24,8 et 23,8 g dans les diètes PL2 et PL3) mais ne répondaient toujours pas aux recommandations nutritionnelles. 

Pour les vitamines et minéraux, le modèle PL2 améliore l’apport de la plupart de ces éléments sauf pour le calcium, l’iode, le zinc, la vitamine A, B2 et B12.

La plus grande différence entre le modèle PL2 et PL3 porte sur les apports en calcium. Seul le modèle PL3 (avec 3 portions de produits laitiers par jour) permet une amélioration de l’adéquation aux recommandations nutritionnelle (seulement 16% d’inadéquation versus 51% et 58% pour les diètes observées et PL2). Un constat similaire, bien que de moindre mesure, a été réalisé pour la vitamine B12 (26% d’inadéquation pour le modèle PL3 versus 38% et 46% pour les modèles diètes observée et PL2). 

Financement

Cette étude a été soutenue financièrement par le CNIEL. 

Principales limitations

Cette étude est basée sur des données d’enquêtes alimentaires en population dont les résultats peuvent être soumis à des biais et datent par ailleurs de 2006-2007, ce qui peut ne pas refléter les consommations actuelles (les données InCA3 2014-2015 n’étaient pas disponibles au moment de l’étude).