Les maladies somatiques sont moins bien prises en charge en cas de comorbidité psychiatrique


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les patients connus pour souffrir d’une pathologie psychiatrique sont plus souvent hospitalisés, et durant une plus longue période, pour une maladie somatique. Ils sont plus souvent reçus aux urgences et font l’objet d’hospitalisations plus souvent évitables que  les sujets exempts de pathologie mentale. Méthodologiquement, les patients étaient identifiés comme présentant un trouble mental à partir d’une hospitalisation préalable pour ce même motif, ce qui n’a pas permis de recenser l’exhaustivité des sujets concernés. Néanmoins, l’ensemble de ces indicateurs serait le signe de soins primaires inadaptés, insuffisants ou non optimisés. Les auteurs de ce travail préconisent d’améliorer le soin ambulatoire, ainsi que la coordination et les interactions entre les psychiatres et les spécialistes des maladies somatiques.

Comparaison à 5 ans des français déjà ou jamais hospitalisés pour motif psychiatrique

Pour conduire cette analyse, les chercheurs ont extrait l’ensemble des hospitalisations pour raison somatique (hors hospitalisation de jour et obstétrique) qui ont eu lieu en France entre 2009 et 2013 à partir de la base de donnée PMSI ( Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information ). Ils ont ensuite identifié celles qui, parmi elles, avaient concerné des patients préalablement hospitalisés pour raison psychiatrique à partir du RIMP ( Recueil d’Information Médicalisée en Psychiatrie ). La comparaison du profil des hospitalisations a été menée entre les deux groupes de patients (précédemment hospitalisés pour raison psychiatrique ou non), en prenant en compte six indicateurs indirects de la qualité des soins : taux d’hospitalisations, durée d’hospitalisation, niveau de sévérité de la maladie (selon la classification DRG), passage aux urgences, hospitalisations évitables et mortalité hospitalière.

Seule la mortalité hospitalière se serait pas impactée

L’analyse a permis d’identifier 17.620.770 millions de personnes ayant fait l’objet de 37.334.602 hospitalisations. Parmi elles, on comptait 6,58% de sujets souffrant de troubles psychiatriques correspondant à 8,96% des hospitalisations. Ils avaient le même âge moyen (58 ans) et étaient des hommes (46-47%) dans les mêmes proportions que les autres. Ils présentaient la même prévalence de diabète et de maladies cardiovasculaires (12% et 45%), mais moins souvent une maladie cancéreuse que ceux exempts de maladie mentale (9,3 vs 13,2%).

Les données recueillies au cours de la période montrent que les patients présentant des troubles psychiatriques avaient été plus souvent hospitalisés (+41%), plus longtemps (+16%) et avaient présenté des pathologies plus sévères (+77%). Par ailleurs, la fréquence des admissions aux urgences et des hospitalisations évitables était plus élevée (+113% et +50% respectivement). Seule la mortalité hospitalière était similaire dans les deux groupes.

Ces conclusions ont été vérifiées après analyse multivariée, avec un taux d’hospitalisations, une durée d’hospitalisation, et une sévérité de la maladie supérieurs de 37%, 19% et 45% respectivement chez les sujets ayant présenté une maladie mentale par rapport aux autres. Le taux de passage aux urgences ou d’hospitalisations évitables était accru de 70% et 5%, tandis que la mortalité hospitalière apparaissait alors réduite de 13%.