Les lombalgies chroniques soulagées par un médicament ouvertement placebo

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Les lombalgies chroniques constituent un problème de santé publique. Plusieurs études randomisées récentes ont montré que les traitements habituellement prescrits avaient parfois une efficacité similaire à celle du placebo, ou étaient efficaces à la marge. Dans ces travaux, l'effet placebo pouvait apparaître particulièrement élevé. La fluctuation habituelle de la douleur associée à la lombalgie, mais aussi à l'effet placebo lui-même pourrait expliquer ces résultats.

Quatre études ont été conduites pour évaluer le bénéfice d'un placebo dans le cadre d'une étude ouverte. Et toutes ont indiqué que les personnes traitées, qui se savaient sous placebo, en tiraient un bénéfice. Il est encore difficile d'expliquer complètement ce constat. Mais il est possible que des processus inconscients soient en jeu, renforcés par le fait qu'une fluctuation normale des symptômes dans le sens d'un soulagement peut être traduit par les patients comme une efficacité du placebo, renforçant ainsi leur propre croyance dans le faux médicament et, ainsi, renforçant le soulagement ressenti.

Dans ce contexte, des chercheurs portugais et américains se sont associés pour évaluer si ajouter un placebo en ouvert au traitement habituel de la lombalgie chronique permettait d'améliorer les symptômes, en comparaison du traitement habituel pris seul.

Méthodologie

  • Entre novembre 2013 et décembre 2015, une étude randomisée a été conduite durant trois semaines pour comparer le traitement habituel seul ou en association à un placebo, chez des personnes souffrant de lombalgies chroniques traitées dans un hôpital public de Lisbonne (Portugal).

  • Les participants ont été recrutés par le biais de publicités. Ils devaient être adultes et souffrir de lombalgies chroniques depuis au moins trois mois. Le diagnostic était confirmé par une visite médicale.

  • Les sujets traités par opioïdes durant les 6 mois précédents, ceux souffrant de cancer, de fractures, d'infections, de dégénérescence discale, de pathologies rhumatismales, ainsi que ceux ayant subi une chirurgie lombaire avaient été exclus.

  • Les participants pouvaient continuer leur traitement habituel (paracétamol, AINS) mais ne devaient pas en modifier la nature ou la posologie au cours de l'essai. Ils ne devaient pas non plus changer certaines de leurs habitudes (se mettre au sport, changer d'alimentation…).

  • L'essai leur était présenté comme une étude visant à évaluer une nouvelle approche corps-esprit sur leur lombalgie. S'ils acceptaient de participer, ils savaient qu'ils seraient randomisés entre le traitement habituel seul ou associé au placebo durant trois semaines. Ceux du premier groupe étaient informés qu'ils pouvaient être traités par placebo à l'issue de ces trois semaines de façon à éviter un effet nocebo. Le placebo était présenté comme une substance inactive. Le principe de l'effet placebo était expliqué oralement et par une courte vidéo à tous les participants.

  • Après cela, les sujets étaient informés de leur groupe d'inclusion en ouvrant l'enveloppe de randomisation qui leur était attribuée. Ceux du groupe placebo recevaient un flacon de pilules marquées comme telles et sur lequel était inscrite la posologie.

  • Une courte visite de mi-parcours était planifiée durant laquelle les infos étaient enregistrées et le principe de l'effet placebo rappelé.

  • Les caractéristiques démographiques et médicales étaient recueillies à l'inclusion. Les données de suivi (douleur, handicap selon le questionnaire Roland-Morris) étaient enregistrées et analysées à 11 et 21 jours suivant l'inclusion.

  • Objectif principal : modification de l'intensité de la douleur à trois semaines après le début de l'étude. La douleur était cotée de 0 à 10 selon l'intensité de celle-ci en distinguant la douleur maximale, la douleur minimale et la douleur habituellement ressentie. Un score composite de douleur était établi à partir des données rapportées par le patient.

Résultats

  • Au total, 97 adultes ont été inclus et randomisés, parmi lesquels 83 ont poursuivi l'essai clinique jusqu'à son terme. Sept ont abandonné au cours de la visite de mi-parcours. 85 à 88 % des patients prenaient un traitement antalgique (principalement un AINS).

  • A l'inclusion, le groupe sous traitement habituel seul présentait une intensité de douleurs moindre que le groupe traitement plus placebo.

  • Le score composite de douleur était amélioré de 0,24 dans le groupe traitement seul, contre 1,49 dans le groupe traitement plus placebo (différence: -1,25 ([IC95% : 0,41-2,10], p<0,001). Parallèlement, le score de handicap n'était modifié que de 3,35 dans le groupe traitement seul, contre 5,80 dans le groupe traitement plus placebo (p<0,001).

  • Les patients du groupe traitement plus placebo déclaraient une moyenne de 30% de réduction de la douleur habituelle, 30% de la douleur maximale, et 29% d'amélioration du handicap lié à la douleur ; en comparaison, ces chiffres étaient respectivement de 9%, de 16% et de 0,02% dans le groupe traitement seul.

  • Les évènements indésirables étaient inexistants.

  • Après les trois semaines, les patients ayant reçu leur traitement habituel et ayant ajouté le placebo présentaient également une baisse significative de la douleur ressentie.

Limitations

La cohorte était relativement étroite et la durée de suivi courte. Par ailleurs, les mesures rapportées étaient plus subjectives qu'objectives.

Financements

L'étude a notamment été financée par le NIH (National Institute of Health).

À retenir

L'effet placebo semble intéressant dans le contexte de la lombalgie chronique. Cet essai mériterait cependant d'être reproduit avec des effectifs plus significatifs et une durée de suivi plus longue.