Les liens entre puberté précoce et risque d’asthme décryptés

  • Minelli C & al.
  • PLoS Med
  • 1 août 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude de randomisation mendélienne menée à partir de l’étude Biobank UK, le risque d’asthme est augmenté de 8% pour les femmes dont la puberté avait été précoce (14 ans vs 12-14 ans). De même, ce chiffre était accru ou réduit de 7% chez les hommes selon que l’âge de puberté avait été précoce ou tardif. Par rapport à ce qui a pu être avancé préalablement dans la littérature, les chercheurs ont exclu l’hypothèse d’une courbe en U reliant asthme et âge de la puberté chez les filles.

  • Une analyse post hoc a parallèlement permis de décrire qu’un IMC élevé, connu pour interagir avec le risque d’asthme, pouvait effectivement renforcer l’association entre ces deux paramètres chez les femmes.

  • Selon les auteurs, l’existence de l’association chez les deux sexes suggèrent que l’influence des hormones sexuelles féminines, avancée par ailleurs, pourrait ne pas être la seule hypothèse incriminée et que d’autres facteurs, comme des facteurs psychologiques (dépression, anxiété…) pourraient aussi intervenir.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

  • Les liens entre âge de puberté et risque d’asthme ont fait l’objet de nombreux travaux chez les femmes, avec des conclusions souvent divergentes. De plus, très peu d’études ont été consacrées à de tels liens chez les hommes.

  • Le recours à la randomisation mendélienne permet, dans ce contexte, de contourner les facteurs potentiels de confusion qui auraient échappé à l’analyse ou les liens de causalité inverse éventuels, en utilisant les variants génétiques décrits dans la littérature comme influençant l’âge de la puberté chez les deux sexes.

Méthodologie

  • Les chercheurs ont utilisé les données de l’étude Biobank UK qui regroupe 500.000 adultes de 40 à 69 ans recrutés entre 2006 et 2010. Les données concernant le diagnostic d’asthme étaient issues d’un questionnaire médical, et l’âge de la puberté (âge aux premières règles ou lors de la mue de la voix) étaient déclarés par autoquestionnaire. Des catégories d’âge – précoce, moyen, tardif par rapport aux pairs chez les hommes : 14 ans chez les femmes – ont été utilisées pour mener l’analyse.

  • Ils ont ainsi utilisé 206 et 151 SNP décrits par ailleurs comme influençant l’âge respectivement précoce ou tardif des règles par rapport aux personnes qui en sont exemptes, et 24 et 36 SNP respectivement décrits comme influençant l’âge précoce ou tardif de la mue.

Principaux résultats

  • Un asthme post-pubertaire était diagnostiqué chez 9,2% des 243.316 femmes et chez 6,3% des 192.067 hommes inclus dans l’étude, avec une prévalence de la puberté précoce, intermédiare, ou tardive de 10,4%, 8,9% et 8,8% chez les femmes et 7,5%, 6,2% et 7,1% chez les hommes.

  • Une puberté précoce ou tardive chez les femmes était associée à l’asthme avec un OR de 1,08 [1,04-1,12] (p = 8,7.10-5) et de 0,92 [0,89-0,97] (p= 3,4.10−4) respectivement. Chez les hommes, l’OR était respectivement de 1,07 [1,00-1,16] (p=0,064) et de 0,93 [0,87-0,99] (p=0,029). Différentes analyses de sensibilité ont conforté ces résultats. Les intervalles de confiance supérieurs dans la population masculine reflètent une puissance statistique moindre. Aucune corrélation inverse n’a été observée concernant l’existence d’un asthme pré-pubertaire sur la survenue de l’âge de puberté déclaré.

  • Selon une analyse post hoc visant à élucider l’influence de l’IMC sur cette association, seul un IMC ≥ 26 kg/m² chez les femmes renforçait l’association. Après exclusion des sujets présentant les SNP associés au surpoids, l’association restait significative.

Principales limitations

  • Les données relatives à la puberté était auto-déclarées et ont pu être erronées.

  • Un effet de cohorte est possible, les sujets les plus jeunes pouvant être concernés par le glissement de l’âge de la puberté observé depuis plusieurs décennies.

Financement

L'étude a été financée par des fonds européens.