Les IPP associés à un sur-risque de mortalité par maladies cardiovasculaires et rénales

  • Xie Y & al.
  • BMJ
  • 29 mai 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon cette étude observationnelle basée sur les données du Département des anciens combattants des États Unis et un suivi de 10 années, la prise d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) est associée à un surcroît de la mortalité associée aux maladies cardiovasculaires et aux maladies rénales chroniques. Ce sur-risque spécifique apparaît de façon plus marquée chez les sujets qui ne disposent pas d’indication gastro-intestinale documentée, y compris pour les cancers des voies digestives hautes. Les auteurs appellent à la mise en place de programmes de déprescription visant à éliminer les prescriptions d’IPP non nécessaires ou non conformes à leurs indications.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les données de la littérature indiquent que les IPP sont associés à la survenue d’effets indésirables potentiellement graves et une étude récente a même montré une augmentation du risque de mortalité toutes causes chez les sujets qui prenaient des IPP au long cours. Mais les données quantitatives sont encore peu nombreuses. À partir d’une large cohorte issue de la base de données du Département des anciens combattants des États Unis, des chercheurs américains ont estimé la mortalité toutes causes et la mortalité spécifique associées à la prise d’IPP.

Méthodologie 

Une cohorte d’anciens combattants ayant initié récemment un IPP et disposant d’une prescription d’au moins 90 jours sur une période de 180 jours suivant la première prescription, sans prescription d’anti-H2, a été suivie sur une durée médiane de 10 ans. Ceux qui disposaient de prescriptions d’anti-H2 (sans IPP) sur cette même période servaient de comparateurs actifs. Les associations entre prise d’IPP et surmortalités toutes causes et spécifiques ont ensuite été recherchées.

Résultats 

  • À l’inclusion, 157.625 patients prenaient des IPP et 56.842 des anti-H2. L’âge moyen de la cohorte était de 65 ans et 96% étaient des hommes.
  • Sur l’ensemble des participants, 80.062 personnes (37,33%) sont décédées au cours de la période de suivi. Les causes de décès les plus fréquentes étaient les maladies cardiovasculaires (12,45%), les cancers (9,72%) et les maladies respiratoires (4,8%).
  • Sur 10 ans, un excès de décès de 45,52 pour 1000 sujets a été mis en évidence chez les utilisateurs d’IPP. Ce surcroît de décès n’était pas dû à des maladies du système digestif, mais plutôt à des maladies vasculaires (17,47 décès pour 1000 utilisateurs d’IPP), à des cancers (12,94 pour 1000), à des maladies uro-génitales (6,25) ou encore à des maladies infectieuses ou parasitaires.
  • L’étude de la relation entre durée d’exposition et surcroît de mortalité montrait une association dose réponse pour la mortalité toutes causes et pour chacune des mortalités spécifiques précitées, à l’exception des maladies infectieuses et parasitaires.
  • En analysant plus finement les causes de décès, un surcroît de mortalité spécifique a pu être associé aux maladies cardiovasculaires (15,48 pour 1000 utilisateurs), aux pathologies rénales chroniques (4,19 pour 1000), mais il n’a été observé que peu de décès surnuméraires liés à des cancers des voies digestives hautes (1,72) ou des infections à Clostridium difficile (0,65). Et ce sur-risque n’était pas modifié par la présence d’antécédents de maladies cardiovasculaires, rénales ou de cancers digestifs à l’inclusion.
  • Chez les patients sans indication gastro-intestinale documentée, le sur-risque de décès apparaissait plus élevé : 22,91 pour 1000 en ce qui concerne les décès par maladies cardiovasculaires, 3,12 pour les cancers des voies digestives hautes et 4,74 pour les maladies rénales chroniques.

Limites

La cohorte des anciens combattants comprenait essentiellement des hommes âgés et d’origine caucasienne, ce qui limite la généralisation des résultats.