Les IPA, une vraie bonne idée ?


  • Éditorial
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

La société est en pleine mutation, aucun secteur n’est épargné.  Les mutations sont technologiques, philosophiques, sociétales. La santé est probablement un des secteurs où ces mutations ont, et auront, un impact sur le consommateur, l’usager du système de santé mais aussi, et surtout, sur les producteurs, les professionnels de santé. Les GAFA ont annoncé leur volonté de devenir des acteurs du soin, notamment dans le cadre de l’IA (intelligence artificielle), la technologie dans le domaine de la santé et du soin explose, les NBIC (nanotechnologies - biotechnologies - informatique - sciences cognitives) vont devenir une réalité, l’hyperspécialisation devient la règle et le patient souhaite devenir acteur de sa santé. Pourtant, le besoin en professionnels est de plus en plus prégnant, chacun éprouve la nécessité d’être accompagné dans ce dédale de parcours, de prises en charge réclamant une organisation, une disponibilité et une coordination sans faille quels qu’en soient le lieu ou la condition sociale de l’usager. Les médecins ne peuvent déontologiquement s’exonérer d’une réflexion mais, surtout, de propositions dans cet environnement en plein bouleversement. 

Répondre à l’accessibilité aux soins pour tous et sur tous les territoires doit être notre priorité. L’innovation organisationnelle est un des moyens pour y parvenir mais il existe des freins puissants et dans le cadre des transferts de tâches où, pour certains, de transfert de compétences, les peurs sont exacerbées. Le dossier spécifique des infirmières en pratique avancée (IPA) est caricatural. Il s’agit d’un concept ancien, apparu dans les années 1950, il reste flou et, même après 70 ans d’expérience dans une dizaine de pays, les données quant à son efficacité et son coût sont imprécises. 

Aujourd’hui, l’infirmier(ère) qui exerce en pratique avancée est un(e) infirmier(ère) diplômé(e) qui a acquis des connaissances théoriques, le savoir-faire aux prises de décisions complexes, de même que les compétences cliniques indispensables à la pratique avancée de sa profession. Les caractéristiques de cette pratique avancée sont déterminées par le contexte dans lequel l’infirmier(ère) sera autorisé(e) à exercer. Ces définitions sont le plus souvent adaptées aux besoins du pays. Les IPA sont un concept que l’on peut caractériser de concept « parapluie » car il regroupe de nombreuses formes d’exercice, de l’infirmière spécialiste clinique, en transversalité sur des parcours complexes, à l’infirmière praticienne, avancée dans le champ de pratiques médicales avec activité dérogatoire. Ces infirmières définies dans le modèle de Hamric (2013) vont pouvoir effectuer des consultations de première ou de deuxième ligne, effectuer du coaching, de l’enseignement, aider à la collaboration. 

Aujourd’hui, il est indéniable que cette organisation ne peut que diminuer le temps d’attente, probablement améliorer des tâches d’éducation, de conseils aux patients. Toutefois, l’analyse des coûts directs et indirects est plus difficile car personne ne prend vraiment en compte le temps de formation, la différence de productivité entre une IPA et un médecin ; or il peut être mis en place des tâches supplémentaires augmentant significativement les coûts. Que dire sur la sinistralité, la continuité des soins rarement au rendez-vous, quelles limites à la coordination en fonction de la taille et du modèle financier de la structure, paiement à la capitation, à la performance ou dans le cadre d’un salariat ? Des questions sans réponse !


Le dossier des IPA est à multiples facettes et ne peut se construire pour être une réussite dans notre pays qu’au travers de la négociation, de l’écoute. Un métier doit évoluer sous peine de disparaitre mais il a le devoir de s’intégrer dans son environnement et, dans ce cas, ne soyons pas surpris de l’opposition des médecins en raison du chevauchement potentiel de l’activité, de même pour des auxiliaires médicaux. 

Aujourd’hui, il faut apporter de la clarté quant au rôle des IPA, préciser le niveau d’autonomie de façon précise dans le cadre de protocoles de prise en charge, de processus de soin, établis dans le cercle d’une équipe pilotée par le médecin. Construit de cette manière, le dossier ne pourra que répondre aux enjeux d’aujourd’hui mais, surtout, de demain : proximité, expertise, amélioration de la qualité et sécurité des soins dans un souci d’égalité d’accès. Avancer dans ce sens, c’est donner une nouvelle dynamique à tous les métiers de la santé, c’est enfin s’engager pleinement dans ce concept de coordination dont beaucoup se revendiquent mais dont personne ne souhaite vraiment la mise en place au risque de perdre sa « parcelle d’autorité ». 

Donnons une chance à ce dossier, voyons comment l’usager s’en empare et construisons autour des usages ! 


Docteur Patrick GASSER
Président de l’UME.SPE - CSMF
Union nationale des médecins spécialistes confédérés - Confédération des Syndicats Médicaux Français