Les habitudes de vie de la mère impactent le risque d’obésité durant la croissance de leur enfant


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Cette étude montre qu'il existe une association entre l’adhésion à des habitudes de vie saine par les mères durant l’enfance et l’adolescence de leur descendance et le risque d’obésité chez ces mêmes enfants. En effet, le risque d’obésité était diminué de 56% chez les enfants nés de mères qui avaient maintenu un IMC entre 18,5 et 24,9, de 21% lorsqu’elles pratiquaient au moins 150 min d’activité physique modérée à intense par semaine, de 31% lorsqu’elles ne fumaient pas et de 12% lorsque leur consommation d'alcool restait modérée (1,0 à 14,9 g/j), par rapport à celles qui ne répondaient pas à ces critères. En revanche, les résultats n'ont pas montré d'association entre l'adhésion par la mère à une alimentation nutritionnellement saine et le risque d’obésité chez l’enfant. Les enfants issus de femmes qui répondaient simultanément à ces cinq facteurs avaient un risque d’obésité diminué de 75%.

Pourquoi est-ce important ?

L’obésité durant l’enfance est associée à un risque important de troubles métaboliques incluant le diabète et les maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. Identifier les facteurs de risque modifiables pour mettre en place des campagnes de prévention constitue une priorité de santé publique. Bien qu’il soit admis que la composante génétique joue un rôle important dans l’obésité, elle ne suffit pas à elle seule à expliquer l’augmentation importante de ce fléau à travers le monde. Mettre en évidence une association entre les habitudes de vie saine de la mère et la diminution du risque d’obésité chez l’enfant permet d'avoir des arguments pour  sensibiliser le corps médical et les individus au changement des modes de vie. Si les mécanismes qui sous-tendent ces résultats ne sont pas clairement établis, il semblerait cependant que les habitudes de vie de la mère aient un rôle d’encouragement pour les enfants.

Méthodologie

La Nurses’ Health Study II (NHSII) est une étude prospective de cohorte initiée en 1989 ayant inclus 116.430 infirmières qui devaient renseigner leurs habitudes de vie tous les quatre ans. En 1996, les femmes qui avaient des enfants âgés entre 9 et 14 ans ont reçu une invitation pour que leurs enfants soient inclus dans la cohorte Growing Up Today Study (GUTS), puis suivis tous les deux ans jusqu’en 2013. 

Principaux résultats

Au total, 24.289 enfants issus de la cohorte GUTS ne présentant pas d’obésité à l’inclusion et nés de 16.945 femmes issues de la cohorte NHSII ont été suivis. 

À l’inclusion, les mères avaient en moyenne 41 ans, un IMC de 25,1 Kg/m2, 93,3% n’étaient pas fumeuses et l’âge moyen des enfants était de 12 ans. Parmi eux, 5,3% sont devenus obèses durant les 5 années de suivi médian. Par rapport aux enfants issus des autres mères, le risque incident d’obésité était inférieur chez les enfants dont les mères avaient maintenu un IMC entre 18,5-24,9 (risque relatif (RR) de 0,44 [0,39-0,50]), qui pratiquaient au moins 150 min d’activité physique modérée à intense par semaine (RR 0,79 [0,69-0,91]), qui ne fumaient pas (RR 0,69 [0,56-0,86]) et qui consommaient de l’alcool avec modération (RR 0,88 [0,79-0,99] pour 1,0 à 14,9 g/j).

Une alimentation maternelle de haute qualité nutritionnelle (score Alternate Healthy Eating Index2010 parmi les 40% les plus élevés) n’a pas été significativement associée au risque d’obésité chez l’enfant (RR 0,97 [0,83-1,12]).

Lorsque les mères adhéraient auxcinq facteurs d’hygiène de vie évalués (IMC, activité physique, tabagisme, consommation d’alcool et nutrition) simultanément, les enfants avaient une diminution du risque d’obésité de 75% (RR 0,25 [0,14-0,47]).

Cette association était retrouvée quel que soit le sexe de l’enfant et le groupe d’âge évalué et persistait dans les sous-groupes d’enfants (issus de grossesse à risque, se différenciant par le poids de naissance, l’âge gestationnel ou le gain de poids durant la grossesse).

Les analyses ont montré que lorsque la mère et l’enfant adhéraient à des habitudes de vie saines, et le risque de développer une obésité était diminué (RR 0,18 [0,09-0,37]).

Principales limitations

Les caractéristiques des habitudes de vie, dont l’IMC, étaient exclusivement issues d’auto-déclarations, pouvant avoir induit des erreurs. Les femmes issues de la cohorte NHSII étaient des infirmières donc non représentatives de l’ensemble de la population.