Les habitudes alimentaires changent-elles lors du passage à la retraite ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude longitudinale a évalué l’évolution des habitudes alimentaires des français lors du passage à la retraite. Les résultats montrent que cette étape important s’accompagne globalement d’une diminution des quantités et des sommes consacrées à l’alimentation. Cette diminution est d’autant plus forte que les revenus du ménage avant la retraite étaient faibles. Ce constat pourrait contribuer à favoriser la mise en place d’un accompagnement spécifique de ces ménages lors de cette période charnière. Les auteurs rappellent l’existence de « chèques alimentaires » attribués sur la base de critères sociaux, qui mériteraient une information plus large pour que les plus âgés, qui peuvent y avoir droit, en bénéficient.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

En Europe, les 60 ans et plus représentent actuellement environ un quart de la population et, selon les projections des Nations-Unies, cette proportion pourrait atteindre 35% en 2050.

Une alimentation de qualité d’un point de vue nutritionnel est essentiel dans cette population pour limiter le développement des maladies chroniques, ralentir le déclin des capacités physiques et cognitives, qui diminuent la qualité de vie des individus et sont coûteux pour la société. Connaître les modifications des habitudes de consommation alimentaires à la retraite est donc un élément essentiel pour mettre en place des politiques préventives.

Méthodologie

Les données analysées proviennent d’un panel Kantar Workd représentatif de plus de 33.188 ménages français sur la période 2005-2014. Les données ne sont pas issues d’un questionnaire –peuvent présenter des biais de déclaration – mais de l’analyse des achats de produits alimentaires, avec recueil du type de produit, de la quantité, du prix et de la date d’achat. Les données socio-économiques des ménages ont également été recueillies. La transition alimentaire au moment de la retraite a été analysée plus spécifiquement sur un sous-ensemble de 1.626 ménages pour lesquels des données étaient disponibles au moins un an avant et après le départ à la retraite du chef de famille ou de son conjoint.

Principaux résultats

Les analyses mettent en évidence que le passage à la retraite est associée à :

  • Une diminution globale des quantités totales d’aliments achetées de 12,0 à 12,9% et des dépenses liées à ces achats de 13,7 à 14,5%.
  • La baisse des consommations alimentaires ne semble pas compensée par la prise de repas hors domicile si l’on se réfère au nombre de repas pris à domicile.
  • Il se pourrait que les individus remplacent en partie certains achats alimentaires par la réalisation à domicile des plats ce qui pourrait expliquer que les quantités de nourriture effectivement consommées ne varient pas.
  • Le départ à la retraite du conjoint à le même impact sur la consommation alimentaire que le départ du chef de famille. 
  • Les ménages aux revenus les plus faibles avant la retraite réduiraient les quantités achetées de 16,4% en moyenne alors que ceux aux revenus les plus élevés augmenteraient leurs quantités achetées de 10,7%. Les mêmes tendances sont constatées sur les dépenses alimentaires.
  • Les baisses des dépenses alimentaires et des quantités achetées sont principalement liées à la baisse des achats de produits d’origine animale.
  • Des analyses complémentaires montrent que les apports de tous les macro- et micro-nutriments diminuent au moment de la retraite, avec pour certains (protéines, calcium, vitamines…) des effets potentiellement néfastes sur la santé. En revanche la baisse des apports en acides gras saturés et en sel, également constatée, pourrait avoir des effets bénéfiques sur la santé.