Les françaises de moins de 65 ans auraient autant de risque d’IDM que les hommes…


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Plusieurs experts de Santé Publique France mettent en exergue que les cardiopathies ischémiques doivent constituer une préoccupation majeure de santé publique. La population générale associerait plus facilement les pathologies cardiovasculaires au sexe masculin, alors qu’un décès d’origine cardiovasculaire sur deux concerne une femme. Certes, l’adoption de certains comportements à risque initialement plus fréquents chez les hommes contribuent au sur-risque d’infarctus du myocarde (IDM) retrouvé chez les femmes de moins de 65 ans. Cependant, d’autres différences existent, comme la sous-estimation des risques associés, la présence de symptômes plus atypiques, et la survenue de l’IDM à un âge plus avancé. Tous favorisent un pronostic global post-IDM moins bon chez les femmes que chez les hommes. Bien que ces disparités tendent à s’atténuer ces dernières années, le nombre d’IDM chez les femmes jeunes, lui, ne cesse de croître. 

Combien de femmes sont concernées en France ?

Les données épidémiologiques indiquent que 31,3% des sujets hospitalisés en France en 2014 pour IDM étaient des femmes, soit presque 20.000 individus. L’âge moyen des patientes était plus élevé que chez l’homme (74,6 ans versus 65,1 ans), et 25% avaient moins de 65 ans (contre 50% pour les hommes). 

La femme avant 65 ans serait particulièrement à risque

Alors qu’un IDM sur 6 survenait avant 65 ans chez les femmes en 2000, ce chiffre est passé à 1 sur 4 en 2015 (en parallèle la proportion d’IDM avant l’âge de 65 ans est restée stable chez l’homme). Le taux de femmes de moins de 65 ans hospitalisées pour IDM a augmenté de 40% entre 2005 et 2014 (soit deux fois plus que chez les hommes).

Les facteurs favorisant cette hausse ont-ils été identifiés ?

Plusieurs hypothèses sont proposées pour expliquer cette évolution des IDM chez les femmes de moins de 65 ans :

  • Le tabagisme constituerait le principal déterminant du risque d’IDM chez les moins de 65 ans. La consommation de tabac des femmes, encore marginale dans les années 60, atteignait 30% en 2010, soit un niveau proche de celui des hommes. Or, son impact sur le risque cardiovasculaire est immédiat. La prévalence du tabagisme aurait notamment particulièrement augmenté chez les 45-64 ans entre 2000 et 2017.
  • Le surpoids et l’obésité pourraient être le second facteur de risque d’IDM chez les femmes de cette tranche d’âge. La prévalence de ce facteur de risque a augmenté de 21% entre 2006 et 2015 chez les femmes de 40 à 54 ans, alors qu’elle est restée stable pour les autres classes d’âges et chez les hommes.
  • La pratique d’une activité physique (≥30 min, ≥5 jours par semaine) a diminué entre 2006 et 2015 chez les femmes quelle que soit leur tranche d’âge, et en particulier chez les 40-54 ans (-20%). Alors qu’en parallèle elle a augmenté de 29% chez les hommes de cette tranche d’âge. 
  • La pression artérielle systolique a augmenté de manière significative sur cette même période chez les femmes de tous âges jusqu’à 64 ans, alors qu’elle est restée stable chez l’homme.
  • Le diabète a progressé globalement au sein de toute la population française depuis les années 2000. 

Les auteurs incitent les praticiens à accroître leur vigilance et à renforcer les mesures de prévention et de dépistage précoce chez les femmes de moins de 65 ans. En effet, une moindre prescription de médicaments en prévention primaire, secondaire, tertiaire, une présentation clinique d’emblée plus sévère et/ou moins typique, un contact aux urgences plus tardif, et des procédures de revascularisation plus complexes seraient les principaux facteurs explicatifs de la différence de mortalité entre les hommes et les femmes (7,5 vs 6,3%).