Les femmes souffrant de diarrhées chroniques sont-elles plus à risque de polyarthrite rhumatoïde ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

  • Il existe une association forte entre la présence de diarrhées chroniques chez une femme et le risque de développer une polyarthrite rhumatoïde (PR) plus de 10 ans plus tard.
  • Cette association est renforcée chez les fumeuses.
  • En revanche, ni la constipation chronique ni les phénomènes chroniques d’alternance de diarrhée/constipation n’ont été associés à ce risque.

Quelles hypothèses autour de cette association ?

Les auteurs de cette publication évoquent le rôle potentiel du microbiote intestinal et notamment de la dysbiose qui pourrait favoriser l’inflammation et la dysfonction du système immunitaire. Cette étude ne permet cependant pas de confirmer l’association entre dysbiose intestinale et développement d’une PR. D’autres études sont donc à envisager.

Méthodologie

Cette étude française prospective est basée sur la cohorte E3N-EPIC, incluant 98.995 femmes saines suivies depuis 1990. Les participantes devaient compléter un questionnaire sur leurs habitudes de vie et leur état de santé. Les troubles gastro-intestinaux ont été évalués à travers un questionnaire envoyé en 1993 (3questionnaire de l’étude E3N-EPIC). L’incidence de la polyarthrite rhumatoïde a été suivie depuis.

Principaux résultats

Sur l’ensemble de la cohorte, 65.424 femmes ont été réellement retenues pour les analyses. En 1993, l’âge moyen des participantes était de 52,6 ans. La polyarthrite rhumatoïde a été diagnostiquée en moyenne 11,7 ans après le 3questionnaire de l’étude E3N-EPIC, soit en moyenne lorsqu’elles avaient 65,2 ans. Lors du questionnaire évaluant les troubles gastro-intestinaux de ces femmes, 2,8% ont déclaré avoir des diarrhées régulièrement, 14,0% de la constipation et 12,0% souffrir de diarrhées et de constipation en alternance.

Au total, 530 cas de polyarthrite rhumatoïde ont été diagnostiqués au cours du suivi.  Une association forte a été retrouvée entre les femmes qui avaient déclaré des diarrhées chroniques au 3questionnaire et le développement d’une PR. En effet, le risque de PR était augmenté de 70% chez ces femmes, par rapport à celles qui n’avaient pas de troubles gastro-intestinaux (hazard ratio 1,70 [1,13-2,58]). En revanche, aucune association n’a été retrouvée avec la constipation chronique ou l’alternance diarrhée/constipation.

Ces résultats étaient indépendants de la présence ou non d’un trouble thyroïdien, d’un diabète ou des habitudes alimentaires. L’ajustement sur le tabagisme passif durant l’enfance, le niveau d’éducation, ou l’IMC ne modifiaient pas l’association. Celle-ci était en revanche plus forte chez celles qui avaient déjà fumé. Aucune association probante n’a été mise en évidence vis-à-vis du statut sérologique par manque de puissance sur ce critère.