Les femmes paient très cher leur addiction au tabac


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Alors que le tabac a longtemps été considéré comme un attribut masculin, les choses ont massivement changé à partir des années 70, où le tabagisme féminin a fortement progressé alors que celui des hommes diminuait. En 2017, 24% des femmes de 18 à 75 ans déclaraient fumer tous les jours, contre 30% chez les hommes. Une équipe de Santé publique France a mis en évidence les conséquences désastreuses de cette addiction sur la santé des femmes. Pour cela, elle a étudié les évolutions de trois pathologies particulièrement liées au tabac et autrefois quasi exclusivement masculines : le cancer du poumon, la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) et l’infarctus du myocarde.

Entre 2002 et 2012, l’incidence du cancer du poumon a augmenté de 72% chez les femmes, alors qu’elle est restée stable chez les hommes. Entre 2002 et 2015, le taux d’hospitalisations pour exacerbation de BPCO a doublé chez les femmes, mais n’a augmenté que de 30% chez les hommes. Sur la même période, le taux de femmes hospitalisées pour infarctus du myocarde est resté globalement stable, mais a augmenté de 50% chez celles de moins de 65 ans.

Entre 2000 et 2014, les taux de mortalité par cancer du poumon et BPCO ont augmenté de respectivement 71 et 3% chez les femmes, alors qu’ils ont diminué de respectivement 15 et 21% chez les hommes. Enfin, sur la même période, le pourcentage de décès attribuables au tabac, toutes pathologies confondues, a crû annuellement de 6% en moyenne chez les femmes alors qu’il a baissé de 1% chez les hommes.

Valérie Olié, l’auteure principale de l’étude, note que « les augmentations de morbimortalité sont particulièrement importantes chez les femmes entre 45 et 64 ans. Cela correspond à un effet générationnel avec l’arrivée dans ces tranches d’âge des femmes nées dans les années 1950 qui ont commencé à fumer dans les années 60-70. » Selon elle, « le fardeau lié au BPCO et au cancer du poumon devrait continuer de croître dans les années à venir », même s’il existe une diminution du tabagisme chez les femmes jeunes (il est en hausse chez les femmes de 45 à 64 ans). En effet, « ces deux pathologies apparaissent après une exposition cumulée à la fumée de tabac sur plusieurs années. » Pour l’infarctus du myocarde, en revanche, la diminution de la consommation peut avoir un effet bénéfique à relativement court terme.

Enfin, Valérie Olié note que si, jusqu’à présent, les études scientifiques n’ont pas montré l’intérêt de campagnes médiatiques dédiées aux femmes, Santé publique France espère développer des approches qui leur soient spécifiques et efficaces.