Les facteurs socio-économiques influencent-ils le traitement de l’HTA et son observance ?

  • Vallée A & al.
  • Hypertens Res
  • 14 janv. 2021

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Selon une étude française transversale, l’accès et l’adhésion aux traitements antihypertenseurs semblent peu influencés par le niveau de revenu ou d’éducation des patients. Cependant, elle montre que le taux d’adhésion est relativement bas.

 

Afin d’améliorer la prise en charge et réduire les risques liés aux pathologies cardiovasculaires, il est important d’identifier les barrières ou les facteurs favorisant l’accès ou l’adhésion aux soins de l’hypertension artérielle (HTA). Cependant, les études ayant évalué l’impact des facteurs socio-économiques sur ces paramètres sont relativement peu nombreuses. Afin de pallier ce manque, des chercheurs ont exploité les données de l’enquête française ESTEBAN. Celle -ci, dirigée par Santé Publique France, est une étude transversale visant initialement à évaluer la prévalence des maladies chroniques et des facteurs de risque vasculaire.

Méthodologie

Les données de l’enquête ESTEBAN menée entre 2014 et 2016 ont été exploitées : parmi les 3.031 participants, 690 avaient des valeurs de pression artérielle élevées. Parmi eux, 396 connaissaient leur statut d’hypertendus (en moyenne, 59,8 ans ; 28,5kg/m² ; 17,8% d’HTA sévère) et 265 (66,2%) recevaient un traitement antihypertenseur. Les données du SNDS (système national de données de santé) ont été analysées afin de déterminer les traitements antihypertenseurs reçus, leur adhésion (ratio entre le nombre de jours de traitement dispensés et celui écoulé entre deux consultations du prescripteur). La fréquence des consultations généralistes ou de cardiologie était également évaluée. Enfin, le niveau d’éducation et les données sociodémographiques (statut marital et revenu du foyer) ont été renseignés.

Principaux résultats

Les participants hypertendus traités étaient plus âgés (61,4 vs 56,7 ans, p = 0,004), avaient un IMC plus élevé (29,7 vs 27,8, p = 0,001) et étaient plus fréquemment diabétiques (25,7 contre 10,3, p = 0,051) que les participants non traités. Ils avaient plus souvent consulté et leur fréquence de consultations du médecin généraliste était plus élevée. Par ailleurs, ils avaient plus souvent un appareil d’automesure tensionnelle à domicile (59,3% vs 44,0%, p=0,008) que les sujets non traités.

Sur le plan socioéconomique, les hypertendus recevant un traitement avaient en moyenne un niveau d'éducation inférieur à celui des sujets non traités, aucune différence n’étant observée selon le niveau de revenu.

Au total, 40,9% pouvaient être considérés comme observant leur traitement antihypertenseur. Ils avaient moins souvent consulté un cardiologue que les autres (7,4% vs 23,1%, p=0,004). Aucune différence significative n’a été trouvée en termes d’adhésion selon la sévérité de l’HTA, l’existence d’antécédents d’évènements cardiovasculaires ou la prescription d’une ou plusieurs molécules, même si certaines classes thérapeutiques prescrites seules semblaient mieux être associées à une meilleure observance (antagonistes calciques).

L’analyse multivariée suggère que l’âge (plus de 65 ans), le diabète, le surpoids, le nombre de consultations chez le généraliste et la possession d'un appareil d’AMT (automesure tensionnelle) sont associés au traitement de l’HTA (OR respectif de 2,73 ; 4,18 ; 3,04 ; 1,03 ; 1,97 respectivement), mais aucune association n’a été trouvée avec le niveau d'éducation ou de revenu.

L’adhésion au traitement était significativement plus élevée chez les hommes et les personnes vivant en couple. Elle était plus faible chez les diabétiques et ceux qui consultaient un cardiologue. Aucune association n’a été trouvée avec le niveau d'éducation ou de revenu.

Les disparités d’adhésion observées entre les patients consultant le généraliste et ceux consultant le cardiologue demandent à être investiguées mais pourraient reposer sur le fait que les patients consultant ce dernier n’ont pas le même profil clinique, sachant qu’une prise en charge plus complexe ou une moins bonne réponse thérapeutique ont été décrites par ailleurs comme associées à une plus mauvaise observance.