Les effluents d’eaux usées des hôpitaux contribuent à la diffusion des bactéries résistantes aux carbapénèmes dans l’environnement

  • Ory J et al.
  • Science of The Total Environment
  • 3 déc. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.
  • Des bactéries résistantes aux carbapénèmes sont présentes dans les effluents d’eaux usées de l’hôpital Gabriel Montpied de Clermont-Ferrand.
  • Certaines résistances sont potentiellement transférables à des bactéries de l’environnement.
  • Ces effluents hospitaliers pourraient constituer une source de diffusion de bactéries résistantes ou multirésistantes dans l’environnement.

 

Les carbapénèmes sont principalement utilisées à l’hôpital comme dernière ligne de défense contre les infections sévères, notamment celles dues à des germes gram-négatifs multirésistants. Leur consommation s’est fortement accrue en France entre 2012 et 2016, essentiellement dans un cadre médical, et s’est accompagnée d’une augmentation des bactéries résistantes aux carbapénèmes. À Clermont-Ferrand, les canalisations d’évacuation des eaux usées de l’hôpital se déversant directement dans la station d’épuration de la ville, elles pourraient bien constituer un point de diffusion privilégié de ces bactéries résistantes dans l’environnement.

Recherche des bactéries résistantes dans les effluents d’eaux usées de l’hôpital 

Pour investiguer cette question, une équipe locale a recherché les bactéries résistantes aux carbapénèmes (imipénème) au sein des biofilms formés dans les canalisations d’eaux usées de l’hôpital Gabriel Montpied, un établissement de taille moyenne (1100 lits). Les concentrations en imipénème ont été mesurées par des prélèvements effectués dans les canalisations d’eaux usées où des plaques de verre ont été disposées pour mesurer la formation de biofilms.

L’imipénème n’a pu être décelé dans les prélèvements réalisés sur 15 jours, probablement du fait de l’instabilité de la molécule dans les effluents (température élevée, PH alcalin). Néanmoins, les concentrations calculées d’imipénème relaché dans les effluents (3,16 µg/L) sont susceptibles d’exercer une pression de sélection et de favoriser l’apparition de résistances.

Des bactéries résistantes aux carbapénèmes présentes dans les effluents

Selon l’analyse des biofilms formés à 14 jours, 22,1% des isolats étaient résistants à l’imipénème. Sur les 38 souches sélectionnées par l’antibiotique, 23 étaient des souches d’Aeromonas, 10 de Pseudomonas, 4 de Stenotrophomonaset 1 d’Acinetobacter.

Quinze d’entre elles avaient acquis au moins un gène codant pour une carbapénémase (blaVIM(11), blaOXA-48 (2), blaNDM (1), blaGES(1)). Toutes portaient également des résistances aux aminoglycosides, aux fluoroquinolones et/ou à la tétracycline.

L’analyse des plasmides par électrophorèse en champ pulsé après digestion à la nucléase S1 menée sur 8 isolats a montré que 4 d’entre eux portaient 1 à 2 plasmides. Et des essais de transformation in vitro ont pu mettre en évidence la présence de gènes de carbapénémase (blaVIMet blaNDM) chez deux d’entre eux.