Les effets délétères d’une exposition au cannabis in utero

  • Corsi DJ & al.
  • JAMA
  • 18 juin 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • La consommation de cannabis durant la grossesse est associée à un risque accru de plus de 40% de naissance avant 37 semaines d’aménorrhée.
  • Le risque de problèmes à la naissance, et notamment un plus faible poids par rapport à l’âge gestationnel, est plus important chez les nourrissons exposés in utero.
  • Ces résultats proviennent de données déclaratives qui sont soumises à un risque de biais. Et par ailleurs, la fréquence et la durée de consommation du cannabis n’étaient pas connues.

 

Entre la légalisation récente du cannabis aux États Unis et au Canada, et le fait qu’il soit utilisé de façon thérapeutique, la consommation de cannabis a augmenté chez les jeunes et notamment chez les femmes enceintes. Selon les études existantes, les cannabinoïdes et le tétrahydrocannabinol peuvent passer à travers le placenta et être source d’effets indésirables pour le fœtus et le nourrisson, cependant les effets de l’exposition in utero sur l’enfant à naître sont encore mal connus. Une équipe américaine a donc recherché l’existence d’une association entre consommation auto-rapportée de cannabis durant la grossesse et d’éventuels effets indésirables l’enfant après la naissance.

Rechercher l’effet associé à une exposition au cannabis in utero

À partir du registre BORN représentant environ 40% des naissances de l’Ontario (Canada) et d’entretiens menés avec les jeunes mères à la maternité, de nombreuses données ont pu être recueillies concernant le mode de vie et notamment la consommation de substances, les problèmes de santé avant la grossesse, les événements et complications durant la grossesse et à la naissance. Une analyse rétrospective a ensuite été menée sur une cohorte de femmes d’au moins 15 ans ayant eu une grossesse monofoetale menée jusqu’à un minimum de 20 semaines entre 2012 et 2017. Et les naissances prématurées (moins de 37 semaines de grossesse) ont été mesurées. Des cohortes appariées sur différents facteurs de confusion ont été constituées pour s’affranchir des différences observées entre les consommatrices de cannabis et les non consommatrices.

Un sur-risque significatif de naissance prématurée

Au final 661.617 femmes enceintes ont pu être incluses dans la cohorte. Elles avaient en moyenne 30,4 ans et la durée moyenne de leur grossesse avait été de 39,3 semaines. Parmi elles, 9.427 ont déclaré avoir consommé du cannabis durant la grossesse.

Le taux de naissance prématurée avant 37 semaines de gestation a été de 6,1% chez les femmes qui avaient déclaré ne pas avoir consommé de cannabis contre 12,0% chez celles qui en avaient consommé (critère principal).  Dans la cohorte appariée, les nouveaux nés exposés au cannabis in uteroont été associée à une différence de risque (DR) de 2,98% et à un risque relatif (RR) de 1,41 pour les naissances à moins de 37 semaines. Et ce risque de naissance prématurée augmentait d’autant plus que l’âge gestationnel était faible.

La consommation de cannabis a aussi été associée à davantage de problèmes à la naissance : faible poids par rapport à l’âge gestationnel (6,1% vs 4,0% pour le 3percentile, RR 1,53), rupture placentaire (1,6 vs 0,9, RR 1,72), admission en soins intensifs de néonatalogie (19,3 vs 13,8, RR 1,40), et score d’Apgar 5 minutes après la naissance inférieur à 4 (1,1 vs 0,9, RR 1,28).