Les critères prédictifs du cancer colorectal et des MICI chez les moins de 50 ans en médecine de ville

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En médecine générale, une consultation sur douze serait liée à des symptômes du tractus intestinal bas. Chez les moins de 50 ans, les symptômes sont souvent attribués à des causes non sévères. Or, l’incidence des cancers colorectaux (CCR) et des maladies inflammatoires chroniques des intestins (MICI) sont en pleine augmentation dans cette tranche d’âge… Près de 2.000 nouveaux cas de CCR seraient ainsi diagnostiqués annuellement chez les moins de 50 ans en France1. Et, le diagnostic de MICI est réalisé la plupart du temps avant 50 ans2. Une étude a cherché à identifier et à quantifier les caractéristiques de ces sujets à partir des données recueillies par de médecins généralistes exerçant au Royaume-Uni. Ces données permettent de déterminer quels sont, parmi les patients de moins de 50 ans, ceux qui sont les plus à risque de CCR ou de MICI afin de les orienter à bon escient vers des investigations complémentaires.

Méthodologie

  • Étude observationnelle prospective utilisant les données collectées à travers une base de données médicales renseignée par 700 médecins généralistes exerçant au Royaume-Uni.
  • Les patients inclus devaient être âgés entre 18 et 49 ans et avoir un historique de données remontant au minimum à l’année précédant le diagnostic de cancer colorectal ou de MICI.
  • À chaque cas CCR/MICI, trois cas contrôles ont été sélectionnés et associés.
  • La date de renseignement du diagnostic dans le système informatique a été considérée comme la date index.
  • Tous les symptômes, signes et investigations rapportés préalablement comme associés au risque de développer un CCR/MICI et concernant au moins 5% des cas ou des témoins ont été évalués.
  • Le critère d’évaluation principal correspondait à l’analyse par régression logistique de la puissance de l’association entre les caractéristiques cliniques et le diagnostic de CCR/MICI (analyse conjointe des risques des deux maladies).
  • L’odds ratio (OR) et la valeur prédictive positive (VPP) étaient estimés pour les caractéristiques de CCR/MICI identifiées dans l’année précédant le diagnostic.

Résultats

  • La base de données a permis d’analyser le dossier de 45.052 patients, dont 11.263 cas (1.680 CCR et 9.583 MICI) et 33.789 cas contrôles.
  • Après application des critères d’exclusion (notamment la disponibilité des données l’année précédant le diagnostic), 1.661 cas de CCR et 9.578 cas de MICI ont été retenus pour les analyses et associés à individuellement à trois cas contrôles (n=3.979 pour le CCR et 22.947 pour les MICI).
  • Dix caractéristiques ont été associées de manière indépendante avec le diagnostic de CCR et MICI (tous p<0,001) : les saignements rectaux, les modifications de la fréquence ou de la consistance des selles, les diarrhées, l’augmentation des marqueurs de l’inflammation, la thrombocytose, les douleurs abdominales, un faible volume globulaire moyen (VGM), un faible taux d’hémoglobine, une augmentation du nombre des globules blancs, une augmentation des enzymes hépatiques.
  • Les caractéristiques présentant les VPP les plus puissamment associées au diagnostic de CCR/MICI étaient les modifications de la fréquence ou de la consistance des selles et les saignements rectaux. Une modification de la fréquence ou de la consistance des selles a été rapportée au cours de l’année précédant le diagnostic de CCR/MICI pour 6,5% des cas et 0,2% des cas témoins, soit un ratio de VPP de 26,9 [IC95% : 20,9-34,6], et les saignements rectaux pour 23,6% des cas et 0,8% des cas témoins, soit un ratio VPP de 26,9 [IC95% : 20,9-34,6].
  • L’analyse multivariée des modifications de la fréquence ou de la consistance des selles et des saignements rectaux ont été les caractéristiques les plus fortement associées au CCR ou aux MICI, respectivement avec un odds ratio (OR) de 42 [IC95% : 33-55] et de 27 [IC95% : 19-38].
  • Bien que la constipation, les nausées/vomissements, la présence d’une masse rectale étaient associés au CCR, ils étaient trop peu fréquents (autour de 5% à l’inclusion) pour que leur valeur positive prédictive soit évaluée.
  • La valeur prédictive positive associée au diagnostic de CCR/MICI était plus puissante lorsque les symptômes suivants étaient associés entre eux : des saignements rectaux associés avec des diarrhées, une thrombocytose, un VGM faible, un taux d’hémoglobine faible et une augmentation des marqueurs de l’inflammation ; des variations de la fréquence et de la consistance des selles associées à un taux de VGM faible, une thrombocytose, une hémoglobine faible : ou encore une l’association entre les diarrhées et la thrombocytose.

Limitations

  • Malheureusement les résultats de la calprotectine n’étaient pas disponibles et trop peu de recherches de sang occulte dans les selles ont été réalisées.
  • Certains symptômes sont apparus manquants, soit parce que les médecins ont oublié de les reporter, soit parce qu’ils ont été mal classifiés.

À retenir

Les résultats de cette étude montrent que les saignements rectaux et les modifications de la fréquence et de la consistance des selles présenteraient une bonne valeur prédictive en médecine de ville, du diagnostic de cancer colorectal et de MICI, notamment lorsqu’ils sont combinés à des anomalies hématologiques. Ces données aident à prioriser les patients nécessitant une coloscopie lorsque le diagnostic en médecine de ville n’est pas immédiatement évident.