Les conséquences psychiatriques du confinement (2/2)

  • Mengin A & al.
  • Encephale
  • 22 avr. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Voir aussi sur Univadis : Les conséquences psychiatriques du confinement (1/2)

 

Selon une revue de la littérature menée par une équipe strasbourgeoise, la période de confinement que nous avons vécue durant l’épidémie de COVID-19 pourrait avoir majoré bon nombre de troubles psychopatologiques au sein de populations déjà vulnérables au plan psychiatrique, mais aussi en population générale. Une reprise de la continuité des soins psychiatriques et une grande vigilance des professionnels de santé de première ligne apparaissent essentiels.

Risque dépressif et comportement suicidaires

Le risque de troubles dépressif est majoré en temps de pandémie et de confinement. Les études ont rapporté des taux de dépression de l’ordre de 20% durant l’épidémie de COVID-19 en Chine et de 30% lors de l’épidémie de SARS à Toronto. Elle concerne les plus fragiles au plan psychologique bien sûr, mais aussi les personnes sans antécédents psychiatriques, les troubles pouvant parfois survenir de façon différée. À la peur de mourir vient s’ajouter le sentiment d’impuissance, d’isolement, parfois même d’exclusion. Avec la durée, les problématiques d’argent, la perte d’un proche, la culpabilité, ou encore la perte d’une valorisation sociale ou professionnelle, peuvent entrer en jeu. Ces mêmes facteurs augmentent aussi le risque suicidaire, en particulier chez les sujets souffrant de troubles psychiatriques et dont le suivi peut être relâché en période d’épidémie et chez les plus âgés (>65 ans). Les auteurs rappellent donc la nécessité de maintenir le lien avec ces patients par téléphone, téléconsultation ou en présentiel en situation d’urgence, afin de prévenir ce risque. Une démarche d’autant plus nécessaire que les passages à l’hôpital pour motif psychiatrique ont fortement diminué durant la période d’épidémie. Les étudiants séparés de leurs proches et confinés dans de petites surfaces, ainsi que les détenus relâchés sans accompagnement méritent selon eux une attention particulière.

Les troubles du comportement alimentaire

Nous avons encore peu de recul sur l’effet du COVID-19 sur les troubles du comportement alimentaire, mais les données de la littérature sur les épidémies passées font état d’un risque d’aggravation de troubles existant et d’augmentation du risque de novo . Les symptômes anxieux ou dépressifs plus fréquents en période de confinement pourraient favoriser l’apparition de ces troubles, de même qu’une disponibilité accrue de l’alimentation (stocks) et une plus grande exposition aux média et donc aux publicités alimentaires. À côté de cela, les stratégies d’ajustement habituelles comme la pratique d’une activité physique sont limitées et peuvent se reporter vers une alimentation compensatrice, ou à l’inverse, la peur de prendre du poids peut inciter à une rigidification des habitudes alimentaires.

Les addictions

Très peu de données sont encore disponibles concernant les conduites addictives en période de confinement. Mais on sait que des comorbidités psychiatriques sont souvent présentes chez les sujets dépendants, les rendant forcément plus vulnérables au stress du confinement (comme au risque infectieux d’ailleurs), sans compter leur fréquente précarité sociale. Ces personnes peuvent se retrouver en situation de sevrage forcé ou au contraire augmenter leur consommation si les substances restent disponibles. En population générale, la multiplication des apéros virtuels peut inciter à augmenter la consommation de psychotropes récréatifs (alcool, cannabis), même si les adolescents semblent être protégés de ce phénomène. Quant au passage à un usage problématique d’Internet, de jeux vidéo ou de films pornographiques, il semble être favorisé par l’ennui lié au confinement, surtout lorsqu’il existait déjà une dépendance avant. Chez les soignants, les études réalisées lors de l’épidémie de SARS, montrent une augmentation de la consommation d’alcool durant les périodes de mise en quarantaine ou pour faire face au stress et à l’anxiété engendrés par l’épidémie.

La violence au sein des foyers

Comme toute situation de crise (guerres, catastrophes naturelles), les épidémies importantes majorent le risque de violences intrafamiliales (violences faites aux femmes, y compris aux femmes enceintes) comme en témoigne le triplement des signalements durant la période de confinement dans la province de Hubei en février 2020. L’agressivité est en effet un mode de réaction fréquent chez les hommes en situation de crise, et plus facilement légitimée en situation difficile.

Les enfants ne sont pas épargnés, violences sexuelles sur les filles et violences physiques sur les garçons. Les facteurs de risque ont été bien repérés lors de précédentes épidémies : faible niveau de revenus, antécédents de violences familiales dans l’enfance, abus de substances, travail des enfants, l’arrêt de la scolarisation apparaissant comme un facteur péjoratif. D’autres facteurs sont venus se surajoutés lors de l’épidémie de COVID-19 comme la perte de revenus, l’isolement social, un confinement prolongé dans des locaux exigus, etc. Par ailleurs, Europol a également observé une augmentation des recherches sur Internet de contenus concernant des abus infligés aux enfants. C’est pourquoi les auteurs appellent les professionnels de santé de première ligne à repérer et à signaler ces violences de tous bords. Ils soulignent aussi l’intérêt de la télémédecine pour maintenir le lien social dans le domaine de la santé mentale en période de confinement.

 

Voir aussi sur Univadis : VigilanS accélère la baisse des tentatives de suicide dans le Nord-Pas-de-Calais