Les conséquences psychiatriques du confinement (1/2)

  • Mengin A et al.
  • Encephale
  • 22 juin 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

La période de confinement que nous venons de vivre n’est pas sans conséquence sur la santé mentale. Plusieurs études ont investigué le sujet, principalement chinoises. L’une d’entre elles en particulier, menée auprès de plus de 52.000 personnes, a rapporté que 35% de cette population avait des symptômes légers à modérés, et que 5% des sujets nécessitaient un recours aux soins. Une équipe française a entrepris d’identifier les effets potentiels d’un confinement prolongé sur la santé mentale en rapprochant les publications parues lors de l’épidémie liée au SARS-Cov-2 et celles publiées par ailleurs sur la déprivation sociale ou sensorielle. Des troubles anxieux aux violences conjugales, le panel des symptômes psychiatriques susceptibles d’apparaître en période de confinement est large et varié. Une partie d’entre eux fait l’objet d’un second article.

Les symptômes psychotiques

De nombreuses études menées auprès de sujets en conditions de solitude extrême (incarcération, expéditions polaires, sous-marines, dans l’espace, militaires), ou chez des patients en unités de réanimation, ont montré qu’une paranoïa et des phénomènes hallucinatoires pouvaient survenir chez des sujets stables sur le plan émotionnel et psychologique. Une agitation, de l’impulsivité ou des violences autodirigées, ont également été décrites chez des prisonniers placés en conditions d’isolement strict. L’hypothèse qui prévaut pour expliquer ces troubles repose sur la déafférentation sociale, par analogie à celle de la déprivation sensorielle. Le cerveau tenterait de compenser la perte de stimulations par une hyperexcitabilité neuronale responsable des hallucinations. Selon les auteurs de l’étude, le risque serait faible dans les conditions de confinement que nous avons eues, mais les étudiants confinés dans des logements exigus et les personnes âgées isolées pourraient représenter une population plus à risque. En parler et dire que ces symptômes ne sont pas forcément associés à une pathologie invalidante pourrait aider et inciter les patients à consulter.

Troubles du sommeil

En période de confinement, les synchroniseurs de temps que sont principalement la lumière du jour, mais également l’activité physique durant la journée, la prise de repas à heures régulières et les interactions sociales, sont fortement perturbés, voire même supprimés, favorisant ainsi les troubles du sommeil. Sans compter le stress généré par l’épidémie et le confinement qui n’arrangent rien à l’affaire. La réduction du temps de sommeil qui en découle peut alors augmenter le risque de troubles psychiatriques et addictifs, altérer les performances cognitives et la capacité à prendre des décisions. Les personnes vivant seules, âgées et les femmes seraient les groupes les plus à risque. Le Réseau Morphée a initié une enquête nationale à ce sujet qui est actuellement en cours. 

Troubles anxieux

Une étude chinoise a observé des symptômes anxieux modérés à sévères chez 29% d’un échantillon de la population générale. Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’apparition de ces troubles. Tout d’abord l’isolement, avec une raréfaction des contacts sociaux et une perte de contact avec la réalité extérieure. Un niveau d’exposition élevé aux informations diffusées par les média concernant l’épidémie est également susceptible de majorer l’anxiété surtout s’il existe une incertitude concernant la fiabilité des informations ou des informations contradictoires. La poursuite du travail sur site ou à domicile est apparue comme un facteur protecteur de la santé mentale. D’autres sources d’anxiété comme la crainte de la contamination ou la perception de la situation sont davantage liés à des facteurs individuels. Les observations réalisées lors de l’épidémie de  SARS suggèrent que ces signes d’anxiété pourraient se poursuivre au-delà du confinement (évitement des espaces publics, des foules, etc.).

Troubles de Stress post-traumatique

Au cours de l’épidémie de H1N1, une augmentation des symptômes de stress post-traumatiques (SSPT) modérés à sévères a été observée chez les individus confinés par rapport à ceux qui ne l’avaient pas été (28% vs 7%). Des chiffres qui sembleraient plutôt se situer aux alentours des 5% en population générale pour l’épidémie de COVID-19 et plus important chez les sujets ayant été exposés à un haut niveau de risque infectieux (vécu de l’infection, proche contaminé durant l’épidémie …). Un SSPT avait également été rapporté chez les personnels soignants qui avaient été confinés lors de l’épidémie de SARS en Chine (c’est-à-dire ceux exposés à un risque infectieux majeur), avec parfois des répercussions jusqu’à 3 ans après. Dans ce cas, la séparation d’avec la famille le cas échéant ou au contraire la crainte de contaminer les membres de la famille représentaient alors des facteurs de menace de mort susceptibles d’engendrer un SSPT. Concernant le COVID-19, il paraît difficile de distinguer ce qui relève du confinement (non traumatique en lui-même), de ce qui est lié à la crise ou aux conditions du confinement (violences conjugales par exemple). Et par ailleurs, les résultats dont on dispose actuellement relèvent davantage d’une situation de stress aigu et ne permettent pas de conclure quant aux effets à long terme. Mais les fortes contraintes qui vont devoir se maintenir de façon collective et sur la durée, avec des pertes de revenus à la clé pour un grand nombre de personnes, appellent à maintenir une vigilance accrue quant à l’apparition possible de ces troubles durant les mois à venir.