Les concentrations plasmatiques de protéine Tau totale comme marqueur prédictif de démence

  • Pase MP & al.
  • JAMA Neurol
  • 19 mars 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’augmentation des concentrations plasmatiques de protéine Tau totale (t-Tau) est associée à une augmentation du risque de démence au sein de la cohorte Framingham. Une association retrouvée au sein d’une cohorte indépendante et multicentrique française. Ces concentrations plasmatiques n’ont pu être directement corrélées aux concentrations retrouvées dans le liquide céphalorachidien, mais elles apparaissent également prédictives de la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Elles ont aussi pu être associées à l’apparition de certains traits de la maladie comme une réduction des performances cognitives et du volume de l’hippocampe, et à des amas neurofribrillaires Tau plus nombreux. Même si les concentrations plasmatiques de t-Tau ne sont pas suffisamment spécifiques pour avoir une valeur diagnostique, elles pourraient être utiles pour prédire la survenue d’une démence et améliorer la stratification du risque dans les essais cliniques. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les démences se développant sur de nombreuses années, les efforts se concentrent sur la recherche d’interventions susceptibles de modifier l’histoire naturelle de la maladie dans sa phase initiale, notamment par l’identification de biomarqueurs susceptibles d’aider au repérage précoce des sujets à risque. À partir de la cohorte communautaire de l’étude Framingham établie sur 3 générations et suivie sur une période de 6 années, les concentrations plasmatiques de protéine tau totale (t-Tau) ont été mesurées chez des sujets de 65 ans et plus indemnes de démence à l’inclusion. L’association entre concentrations plasmatiques de t-Tau et la survenue de démence a été recherchée sur une durée médiane de 6 ans. Les résultats ont ensuite été répliqués au sein de la cohorte multicentrique française de l’étude Memento ayant inclus des sujets atteints de troubles cognitifs légers et chez lesquels la survenue de démence avait été suivie durant 4 ans.

Résultats 

  • Sur les 1.453 participants de la cohorte de l’étude Framingham, l’âge moyen était de 75 ans et 54,5% étaient des femmes. La cohorte de réplication était quant à elle constituée de 367 sujets d’âge moyen 69 ans et comprenait 59,1% de femmes.
  • 134 démences sont survenues dans la cohorte Framingham, dont 105 étaient liées à des maladies d’Alzheimer selon la 4édition des critères du National Institute of Neurological and Communicative Disorders and Stroke.
  • Après ajustement sur l’âge et le sexe, chaque augmentation d’une unité logarithmique des concentrations de t-Tau plasmatique était associée à une augmentation de 29% du risque de démence toutes causes (Hazard ratio (HR) 1,29 [1,07-1,55], p=0,007) et de 35% du risque de maladie d’Alzheimer (HR de 1,35 [1,10-1,67], p=0,004). Cette association perdurait en présence d’un allèle APOE-e4 et de facteurs de risque vasculaire.
  • Des concentrations plasmatiques plus élevées étaient associées à un niveau cognitif plus dégradé (mesuré sur différents domaines cognitifs), à une réduction du volume de l’hippocampe, ainsi qu’à une présence plus importante d’amas neurofibrillaires Tau dans le lobe temporal médian et de micro-infarctus cérébraux à l’autopsie.
  • Dans la cohorte de réplication Memento et après ajustement sur l’âge et le sexe, une association significative a également été retrouvée, avec une augmentation du risque de maladie d’Alzheimer de 54% pour chaque unité logarithmique supplémentaire des concentrations plasmatiques de t-Tau. 
  • Même si les taux plasmatiques de t-Tau n’étaient que peu corrélés avec les concentrations du liquide céphalo-rachidien, l’association entre concentrations plasmatiques et risque de démence était aussi forte que celle qui liait les concentrations en t-Tau du liquide céphalorachidien au risque de démence.

Limitations

Les sujets inclus étaient essentiellement d’origine caucasienne.