Les caractéristiques combinées de la maladie mammaire bénigne sont associées au risque de cancer du sein

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PRÉSENTATION RÉALISÉE LORS DU CONGRÈS VIRTUEL EBCC-12

Les caractéristiques combinées de la maladie mammaire bénigne pourraient permettre de mieux personnaliser les stratégies de dépistage du cancer du sein, d’après une étude de cohorte rétrospective présentée lors du 12e Congrès européen sur le cancer du sein (12th European Breast Cancer Conference, EBCC-12).

« La maladie mammaire bénigne est un facteur clé pour la prédiction du risque de cancer du sein », a commenté l’investigatrice qui réalisait la présentation, Marta Román, PhD, de l’Institut de recherche médicale de l’Hospital del Mar, à Barcelone. « Les femmes qui ont reçu un diagnostic de maladie mammaire bénigne présentent un risque accru [de cancer du sein] pendant au moins 20 ans. »

Afin d’évaluer l’influence combinée de diverses caractéristiques de la maladie mammaire bénigne, les investigateurs ont évalué en Espagne 629 087 femmes âgées de 50 à 69 ans, qui avaient fait l’objet d’un dépistage populationnel du cancer du sein par mammographie entre 1994 et 2015, et qui ne présentaient pas de cancer du sein lors du dépistage prévalent (le premier dépistage). La durée de suivi moyenne était de 7,8 ans.

Les résultats ont révélé que le risque de cancer du sein était environ trois fois plus élevé chez les femmes présentant une maladie mammaire bénigne proliférative ou détectée lors d’un dépistage incident, comparativement aux femmes sans maladie mammaire bénigne. Lorsque des facteurs combinés ont été pris en compte, le risque de cancer du sein était le plus important (risque plus de quatre fois plus élevé) chez les femmes atteintes d’une maladie mammaire bénigne proliférative avec atypie détectée lors d’un dépistage incident.

« Nous pensons que ces résultats doivent être pris en compte lors des discussions concernant les stratégies de dépistage personnalisées basées sur le risque, car les différences observées entre le dépistage prévalent et les dépistages incidents pourraient être importantes en vue de personnaliser le dépistage, que ce soit la première fois qu’une femme participe à un programme de dépistage ou lors d’un dépistage ultérieur », a déclaré la Dre Román.

Cette découverte pourrait-elle modifier la pratique ?

La grande envergure de l’étude et sa méthodologie populationnelle, qui ont probablement permis de prendre en compte la plupart des résultats des biopsies, sont des points forts, a estimé le Dr Mark David Pearlman, de l’Université du Michigan (University of Michigan) à Ann Arbor, lors d’un entretien.

Cependant, le fait qu’il s’agisse d’une étude observationnelle et rétrospective la rend sujette à des biais, tels que l’incertitude quant au nombre de femmes symptomatiques au moment de la mammographie et la probabilité d’une surveillance accrue après une biopsie ayant révélé une hyperplasie, a mis en garde le Dr Pearlman.

« En outre, dans le cadre de cette étude, le risque relatif de maladie mammaire bénigne proliférative sans atypie était nettement plus élevé que les observations réalisées précédemment dans cette population. Les auteurs n’ont pas abordé cet écart », a ajouté le Dr Pearlman.

À l’heure actuelle, le risque de cancer du sein chez les femmes est prédit à l’aide de modèles largement validés qui prennent en compte la question des biopsies mammaires antérieures, tels que le modèle de Gail, le modèle de Tyrer-Cuzick (outil IBIS) et l’algorithme d’estimation de la probabilité d’incidence de la maladie et de la probabilité d’être porteuse par analyse du sein et des ovaires (Breast and Ovarian Analysis of Disease Incidence and Carrier Estimation Algorithm, BOADICEA), a remarqué le Dr Pearlman.

« En l’absence de validation supplémentaire avec un modèle, cette étude ne devrait pas modifier la méthode d’évaluation des risques », a-t-il indiqué, contrairement aux conclusions des investigateurs. « Cependant, je dirais qu’il serait pertinent de mener des études supplémentaires afin de déterminer comment exploiter ces observations pour décider s’il convient de modifier le dépistage ou la prise en charge. »

Détails de l’étude

Les 629 087 femmes évaluées ont fait l’objet de 2 327 384 dépistages, a indiqué la Dre Román. Au total, le dépistage a permis de détecter 9 184 cas de maladie mammaire bénigne et 9 431 cas de cancer du sein.

Un cancer du sein a été diagnostiqué chez 2,4 % et 3,0 % des femmes atteintes d’une maladie mammaire bénigne détectée lors du dépistage prévalent ou d’un dépistage incident, respectivement, contre 1,5 % des femmes sans maladie mammaire bénigne détectée.

L’augmentation du risque de cancer du sein variait selon le sous-type de maladie mammaire bénigne. Par rapport aux femmes sans maladie bénigne, une augmentation significative du risque a été observée chez les femmes atteintes d’une maladie non proliférative (rapport de risque corrigé [RRc] : 1,95), d’une maladie proliférative sans atypie (RRc : 3,19) et d’une maladie proliférative avec atypie (RRc : 3,82).

De même, l’augmentation du risque variait selon le dépistage au cours duquel la maladie bénigne était détectée. Une augmentation significative du risque a été observée lorsque la maladie était détectée lors du dépistage prévalent (RRc : 1,87), et l’augmentation était encore plus importante lorsque la maladie était détectée lors d’un dépistage incident (RRc : 2,67).

Aucune interaction significative n’a été identifiée entre ces deux facteurs (P = 0,83). Cependant, lorsque des combinaisons de facteurs étaient prises en compte, le risque était le plus élevé chez les femmes atteintes d’une maladie mammaire bénigne proliférative avec atypie détectée lors d’un dépistage incident (RRc : 4,35) ou lors du dépistage prévalent (RRc : 3,35), ainsi que chez les femmes atteintes d’une maladie mammaire bénigne proliférative sans atypie détectée lors d’un dépistage incident (RRc : 3,83).

Cette étude a été financée par des subventions de l’Instituto de Salud Carlos III FEDER et par le Réseau de recherche sur les services de santé pour les maladies chroniques. Les Drs Román et Pearlman n’ont indiqué aucun conflit d’intérêts.

L’article a initialement été publié sur MDEdge.