Les bienfaits du lait sur la santé osseuse remis en question

  • Willett WC & al.
  • N Engl J Med
  • 13 févr. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une revue de la littérature et une méta-analyse parues dans le New England Journal of Medicine font le point sur les données de la littérature.
  • Ce premier volet s’intéresse à la santé osseuse et indique que les effets attendus, chez les femmes ménopausées notamment ne sont pas toujours au rendez-vous.
  • Le principe selon lequel un apport en calcium durant l’adolescence favoriserait la constitution d’un capital osseux pour le restant de la vie est également mis à mal. Si les nutriments contenus dans le lait constituent un apport important dans les pays où l’accès aux denrées alimentaires est limité, une consommation élevée de produits laitiers conduit à un surrisque fracturaire à l’âge adulte lorsque lorsque l’alimentation est apportée en quantité suffisante et de façon équilibrée.

 

La consommation de produits laitiers à tous les âges de la vie est recommandée par les autorités de santé, notamment pour leurs apports en calcium et en protéines, et leur rôle vis-à-vis de la santé osseuse. Les quantités à apporter quotidiennement par l’alimentation (950 à 1.000 mg/j chez l’adulte selon l’ANSES en France (1)) sont basées sur les besoins journaliers en calcium en tenant compte de son élimination par l’organisme. Les études sur lesquelles reposent les recommandations américaines sont de faible qualité méthodologique et ne tiennent pas compte de l’augmentation de l’absorption du calcium par l’organisme lorsqu’il est en quantité limitée. Et les apports recommandés varient d’un pays à un autre. Dès lors, la consommation de quantités importantes de produits laitiers est-elle réellement un atout pour la santé osseuse et sans danger pour la santé tout court ? Le sujet continue de faire controverse. Une revue parue dans le New England Journal of Medicine fait le point des connaissances sur le sujet. La santé osseuse fait l’objet de ce premier volet.

La supplémentation en calcium chez les femmes ménopausées, une fausse bonne idée ?

Chez l’adulte, des essais contrôlés randomisés ont montré qu’une supplémentation de 1.000 à 2.000mg de calcium par jour chez les femmes ménopausées ou en périménopause augmentait la densité minérale osseuse (DMO) de 1% à 3% par rapport à un placebo. Un effet qui pourrait être non négligeable s’il était maintenu sur la durée, mais le bénéfice semble s’estomper 1 an après l’arrêt de la supplémentation. Sur le plan du risque fracturaire, une étude menée en population américaine a indiqué que l’absorption de calcium n’était pas associée à la densité minérale osseuse mesurée au niveau de la tête fémorale. Allant dans le même sens, une méta-analyse réalisée auprès de plusieurs milliers de patients avec fracture vertébrale a montré qu’une supplémentation en calcium seul (sans vitamine D) n’apportait pas de bénéfice par rapport à un placebo en termes de nombre de fractures non vertébrales et que le risque de fracture du col du fémur était même augmenté chez les personnes supplémentées.

La consommation de lait à l’adolescence augmenterait même le risque fracturaire à l’âge adulte chez les garçons

Chez l’enfant, l’apport de calcium est nécessaire pour permettre la croissance osseuse et les apports recommandés sont en cours de réévaluation par l’ANSES (1). Cependant, les bénéfices d’une supplémentation apparaissent tout aussi transitoires que chez l’adulte et ne soutiennent pas l’hypothèse selon laquelle des apports élevés en calcium durant l’enfance ou l’adolescence pourraient favoriser la constitution d’un capital osseux pour la vie entière. Il semblerait qu’il existe un effet de seuil (assez bas) au-delà duquel un apport supplémentaire en calcium n’aurait pas d’effet additionnel sur la DMO. Par ailleurs, une consommation élevée de lait durant l’adolescence (liée à une croissance osseuse plus importante) semble associée à une augmentation du risque de fracture du col du fémur chez l’homme adulte (mais pas chez la femme, les plus grands étant plus à risque), avec une relation dose-réponse linéaire : chaque verre supplémentaire consommé chaque jour contribuant à une augmentation de 9% du risque de fracture.

 

1. Le calcium. Présentation, sources alimentaires et besoins nutritionnels. Agence Nationale de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).  https://www.anses.fr/fr/content/le-calcium