Les anti-androgènes associés à un risque accru de démence

  • Jayadevappa R & al.
  • JAMA Netw Open
  • 3 juil. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une étude américaine montre dans une large cohorte de sujets âgés atteints d’un cancer de la prostate, que l’exposition à un traitement anti-androgénique (TAA) est associée à un risque accru de maladie d’Alzheimer (MA) et de démence dans les 10 années qui suivent et que ce risque est fonction de la dose d’exposition.
  • Les mécanismes physiopathologiques qui conduisent à la démence se développant sur plus de 10 ans, il est probable que les TAA accélèrent le processus plutôt que de le créerde novo.
  • Des études prenant en compte le profil de risque des patients vis-à-vis de la démence et l’effet de la durée d’exposition sont attendues. Mais d’ores et déjà, ce sur-risque qui doit être pris en compte dans la décision de traitement, en particulier chez les sujets disposant encore d’une espérance de vie importante.

 

Le traitement anti-androgénique a apporté la preuve de son intérêt seul ou en association pour freiner la progression du cancer de la prostate et réduire la mortalité associée. Les études suggèrent que le fait d’abaisser les taux d’androgènes pourrait aussi augmenter le risque de MA et de démence chez les patients exposés à ces traitements. Mais les limites méthodologiques des résultats existants à ce jour n’ont pas permis de trancher quant au rapport bénéfice/risque des TAA dans cette population. Une étude américaine a donc entrepris de clarifier la question.

Un risque accru de maladie d’Alzheimer et de démence chez les patients exposés

À partir de la base de données du National Cancer Institute croisée avec celle de la base Medicare, une cohorte de 154.089 hommes âgés (≥66 ans) ayant reçu un diagnostic de cancer prostatique en phase précoce ou avancée entre 1996 et 2003 a été formée, puis analysée en 2018. Ceux qui avaient reçu un TAA dans les deux années suivant le diagnostic (n=62.330) ont été comparés à ceux qui n’en avaient pas reçu (n=91.759), de façon à rechercher l’existence d’une association entre exposition aux anti-androgènes et diagnostic ultérieur de MA ou de démence. Sur une durée de suivi moyenne de 8,3 ans, l’exposition à un TAA a pu être associée à un diagnostic plus fréquent de maladie d’Alzheimer, avec un sur-risque de 14% par rapport aux sujets non exposés. Le risque de démence était quant à lui accru de 20%.

Le sur-risque est fonction de la dose d’anti-androgènes reçue

Lorsque le risque de MA et de démence était évalué en fonction des doses d’anti-androgènes reçues, l’augmentation du risque variait selon le degré d’exposition : + 19% d’avoir un diagnostic de MA et de démence en cas d’exposition de 1 à 4 doses, +28% et +24% pour des expositions de 5 à 8 doses et de 24% et 21% pour des expositions supérieures à 8 doses de TAA. Le nombre de patients à traiter pour avoir un risque de nuire était de 18 pour la MA et de 10 pour la démence.