Les aminosides ont-ils un intérêt dans le sepsis de l’immunodéprimé ?


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Face au risque élevé de décès chez l’immunodéprimé présentant un sepsis ou un choc septique, la précocité du traitement par antibiothérapie est déterminante. La combinaison d’une bêta-lactamine et d’un aminoside est décrite comme ayant un spectre d’activité large, mais les données sont contradictoires concernant le bénéfice clinique pour le patient. Dans ces études, le traitement des patients i mmunodéprimés par une association d’aminosides semblait favorable sur le plan pronostique. Afin de le vérifier, une publication parue dans  Schock  propose l’analyse secondaire de l’étude EFRAIM, mise en place par le Groupe de recherche en réanimation respiratoire onco-hématologique (GRRR-OH) : elle avait inclus des sujets présentant une immunodépressi on (hors VIH) et qui avaient été admis en soins intensifs pour une insuffisance respiratoire hypoxémique aiguë  (PaO 2 2  30/min...). Dans cette analyse post-hoc, seuls ceux suspectés de pneumonie bactérienne et de septicémie ou de choc septique, avec besoin de vasopresseurs dans les 24 heures suivant l'admission en soins intensifs, ont fait l’objet de l’analyse. Ainsi, 535 sujets des 1.611 patients de l’étude ont pu être inclus dans cette analyse, dont 515 (96,3%) recevaient des vasopresseurs au moment de leur admission en soins intensifs. Ceux qui étaient traités par aminosides étaient en moyenne plus jeunes que les autres.

Pas d'avantage démontré

Dans ce travail, le taux de mortalité hospitalière était comparable entre les patients recevant une bithérapie par aminosides et les autres (58,3%  vs  60,3%, p=0,71). Il n’y avait pas d’interaction entre le fait d’être traité par aminosides, le score SOFA de gravité et la mortalité hospitalière. L’analyse multivariée a en revanche montré que la mortalité était associée à l’état général du patient ( Performance status ) et au fait de bénéficier d’un traitement substitutif de remplacement rénal, mais pas au fait de recevoir l’association d'aminosides (OR=1,14 [0,69-1,89], NS). Après l'appariement sur le score de propension, la conclusion était la même. Aussi, l’association d’aminosides ne sembaite pas modifier le pronostic des patients immunodéprimés présentant un sepsis ou un choc septique. Elle ne modifiait pas non plus la nécessité de recours à un traitement substitutif de remplacement rénal (risque toxique).

Cette étude présente plusieurs limitations parmi lesquelles un effectif limité et hétérogène, au sein duquel les patients les plus susceptibles de bénéficier des aminosides étaient en nombre limité (neutropénie, infection gram-négative documentée...). Par ailleurs, les données concernant la posologie et la durée de traitement n'étaient pas disponibles. Pour autant, cette étude suggère que le bénéfice-risque associé à cette combinaison reste limité. Une étude randomisée spécifique permettrait de s’en assurer.