Les adolescents et l’alcool : de l’initiation à l’autorégulation


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La grande diffusion de l’alcool et les comportements d’alcoolisation importante ponctuelle chez les adolescents sont bien documentés. En revanche, leurs trajectoires individuelles et leurs méthodes de régulation le sont beaucoup moins, alors qu’une bonne compréhension de celles-ci est nécessaire pour promouvoir des stratégies de prévention adaptées. C’était le but de l’étude conduite pendant trois ans par l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) au cours de laquelle près de 200 mineurs ont été interrogés en face à face sur leur consommation de produits psychoactifs, celles de l’alcool étant de loin la plus fréquente.

Premier enseignement  : le « premier verre » entre pairs (12-16 ans) est vécu comme une contre-initiation à celle donnée par les parents, souvent avant 10 ans, ressentie comme une injonction. Second constat  : l’alcool est « un élément structurant des socialités juvéniles, en particulier le week-end. » Carburant de la fête, selon les consommateurs, il désinhibe, permet d’être « dans l’ambiance », favorise la convivialité et la jouissance du moment, facilite les rapprochements sexuels (quoique les jeunes filles soient plus réservées sur cet effet). Il permet de vivre des moments « suspendus, assimilés à une temporalité alternative au quotidien », vécu comme fait d’une abondance d’informations et d’injonctions. Il peut aussi être associé à la réputation (bien tenir son rang) et à l’affirmation de sa virilité.

À l’inverse, ne pas boire expose à passer pour un « no life », sauf si cela est justifié par une impossibilité perçue comme légitime (interdit religieux, alcoolisme familial, intolérance). À cet égard, les jeunes musulmans ont un discours défensif « marqué » : rester fidèle à sa famille, soutenir qu’il est possible de s’amuser sans alcool. Chez les jeunes des classes moyennes et supérieures, les justifications par le « bien boire » comme partie du « savoir vivre » contrastent avec les usages, dominés par les alcools forts et de grosses quantités de consommation.

Le seul risque spontanément associé à l’alcool est celui du coma éthylique, que d’ailleurs beaucoup déclarent avoir observé dans leur entourage.

Pourtant de nombreux jeunes adoptent des stratégies spontanées d’autorégulation : autolimitation (pas plus de trois verres), fractionnement des doses (premier verre en début de soirée, dernier en fin de soirée), temporisation (« siroter » son alcool). Ces comportements sont surtout le fait de filles et de garçons qui se définissent par une forte sociabilité, par des convictions religieuses ou par leur souci de maintenir leurs performances sportives. Les auteurs ajoutent que la plupart des jeunes sont en quête de repères et de techniques d’autorégulation. Pour eux, cela suggère de faire porter les efforts de prévention avant tout sur les adultes et les parents, « premiers vecteurs de banalisation de l’alcool auprès des plus jeunes . »