Le versant éthique des mesures barrières chez les enfants et adolescents

  • Einaudi MA
  • Éthique et santé

  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Au vu des données disponibles dans la littérature, l’enfant apparaît comme peu transmetteur du SARS-CoV-2, en particulier avant l’adolescence, et l’ouverture des écoles ne semble pas avoir favorisé la constitution de clusters. Cependant, l’efficacité de certaines mesures barrières (port du masque) et le niveau de risque admissible de transmission faisaient encore l’objet de divergences entre experts à la rentrée scolaire de 2020. C’est dans ce contexte d’incertitude que des protocoles sanitaires de distanciation sociale contraignants ont pourtant dû être mis en place, rendant notamment le port du masque obligatoire dès l’âge de 6 ans (entrée en classe de CP) depuis novembre 2020. Si ces mesures semblent justifiées au nom du principe de précaution, le rapport bénéfice sanitaire sur risques collatéraux n’a pas été évalué au plan éthique.

L’effet des mesures sanitaires sur le lien social

Au sein de l’Espace éthique PACA-Corse, la cellule éthique de soutien a fait l’objet d’une procédure de saisine pour réfléchir à ces questions. Un débat rassemblant des professionnels d’horizons divers (pédiatres, psychologues, directeurs d’établissement scolaire, philosophes, sociologues, etc.) a été organisé en septembre 2020. 

Il en ressort que le vécu du confinement a eu des répercussions très différentes en fonction des milieux sociaux et selon que les familles avaient pu ou non s’inscrire dans la continuité des enseignements scolaires et mettre à profit les outils pédagogiques à disposition. Lors de la réouverture, les enfants ont été heureux de retrouver du lien social à l’école. Mais ceux qui n’avaient pas pu bénéficier de cette continuité pédagogique ont eu plus de mal à se remettre dans les apprentissages. Chez les lycéens, c’est l’impression d’un confinement qui dure qui a le plus affecté les apprentissages, la socialisation et l’équilibre psychique.

L’impact pédagogique et émotionnel du port du masque

Le port du masque a eu un impact tant au plan pédagogique qu’émotionnel. Chez les enfants, une grande part de la communication et de la réassurance dans les apprentissages passe par les expressions du visage et l’articulation des mots, pour l’apprentissage de la lecture notamment. Davantage de difficultés ont été repérées chez certains élèves après l’instauration du port du masque, exacerbées chez ceux porteurs de handicaps sensoriels et dépendants de la lecture labiale, ou encore chez ceux ayant plus de difficultés à contrôler les émotions (troubles du spectre autistique par exemple). Chez les plus petits, le port du masque gêne la reconnaissance de l’autre et la transmission des émotions, ce qui les pousse à rechercher le contact physique, mettant ainsi à mal les gestes barrières et instaurant une gêne chez l’adulte. Mêmes difficultés chez les adolescents en pleine construction psychique et émotionnelle et chez qui le port du masque entrave la reconnaissance des émotions, la relation aux autres, l’intégration sociale et donc la qualité de vie. L’adaptation des mesures barrières, favorisant notamment l’usage de masques inclusifs (transparents), apparaît comme une solution envisageable, au moins pour les plus jeunes et les plus vulnérables.

Des mesures de sécurité qui génèrent un climat d’insécurité

Certains enfants ont été déscolarisés et les enseignements poursuivis à distance (CNED) de façon à ne pas contaminer une personne fragile au sein de la famille, portant ainsi la responsabilité de la contagiosité au sein de la famille, et parfois même de la survie économique sur l’enfant, les parents ne pouvant pas aller travailler. Du côté des ados, le risque de transmission du virus aux personnes vulnérables augmentant avec l’âge, le relâchement de leur comportement vis-à-vis des mesures barrières a été pointé du doigt par les médias. Mais difficile de faire entendre raison à un jeune en pleine crise d’adolescence, par définition insouciant, a fortiori s’il ne se sent pas concerné lui-même par le risque sanitaire. D’autres adolescents au contraire très conscients du risque de décès lié au COVID-19 se sont surresponsabilisés vis-à-vis de leurs proches, les amenant parfois jusqu’à des comportements dépressifs. Il apparaît donc essentiel de déculpabiliser les messages adressés aux jeunes et de les rendre moins anxiogènes, ce qui renvoie à la responsabilité des médias. La défiance des adultes vis-à-vis des messages sanitaires peut aussi amener à des conflits de loyauté entre famille et école, et être source d’une grande anxiété.