Le vaccin ROR pourrait-il atténuer la gravité du COVID-19 ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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À retenir :

  • Des chercheurs britanniques ont identifié 3 arguments en faveur de l’hypothèse selon laquelle le vaccin ROR pourrait permettre de réduire la gravité du COVID-19
  • 1. Des homologies de séquence ont été retrouvées entre les protéines de fusion du SARS-CoV-2 et celles des virus de la rougeole et des oreillons ainsi qu’entre les  macro-domaines du SARS-CoV-2 et du virus de la rubéole
  • 2. Les personnes les plus âgées et les hommes sont à la fois plus susceptibles de décéder du COVID-19 et moins susceptibles d’être séropositifs pour l’immunité spécifique contre la rubéole
  • 3. On observe chez les patients infectés par le SARS-CoV-2 des taux augmentés d’IgG contre le virus de la rubéole à un niveau correspondant à celui observé lors d’une 2ème infection par le virus de la rubéole

Pour tenter d’expliquer que les enfants sont beaucoup moins touchés par le COVID-19 que les personnes âgées, des scientifiques se sont demandés si les vaccinations réalisées pendant l’enfance pouvaient jouer un rôle protecteur contre le SARS-CoV-2. Des études sont déjà en cours sur le vaccin BCG, qui pourrait peut-être permettre de diminuer la fréquence et la gravité du COVID-19 en ayant une action sur l’immunité innée (cf article univadis). Des chercheurs de l’université de Cambridge et de l’hôpital universitaire de Luton se sont intéressés au vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) (article en prépublication). Ils ont ainsi identifié 3 arguments en faveur de l’hypothèse selon laquelle le vaccin ROR pourrait apporter une protection contre le COVID-19.

Homologie de séquence entre les virus

Les chercheurs britanniques ont identifié des homologies entre la séquence du SARS-CoV-2 et celle des virus de la rougeole, des oreillons et de la rubéole. Notamment, une homologie de séquence entre les protéines de fusion du SARS-CoV-2 et celles des virus de la rougeole et des oreillons, ainsi qu’une homologie de séquence de 29% entre les macro-domaines du SARS-CoV-2 et du virus de la rubéole. On peut ainsi supposer que le vaccin ROR pourrait protéger contre l’apparition d’une forme grave de COVID-19 grâce à une réponse immunitaire à réactivité croisée.

Immunité ROR et mortalité liée au COVID-19

Les scientifiques anglais ont cherché une éventuelle corrélation entre la couverture vaccinale ROR et le profil des patients atteints de COVID-19 (âge et sexe). Ils ont pour cela examiné les données de l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne. Il en ressort que les personnes les plus âgées et les hommes sont à la fois plus susceptibles de décéder du COVID-19 et moins susceptibles d’être séropositifs pour l’immunité spécifique contre la rubéole, si l’on se base sur les programmes de vaccination historiques de ces trois pays.

Corrélation entre les titres d’anticorps contre la rubéole et la gravité du COVID-19

Les chercheurs britanniques ont également analysé le sérum de patients hospitalisés pour COVID-19 à l’hôpital universitaire de Luton. Ils ont ainsi pu observer que les patients avec une forme très sévère de la maladie avaient en moyenne des taux augmentés d’IgG contre la rubéole (161,9±147,6 UI/ml) par rapport aux patients avec une forme modérée de la maladie (74,5±57,7 UI/ml). En comparaison, les taux d’IgM étaient de 0,21±0,16 UI/ml en cas de forme sévère et 0,26±0,21 UI/ml en cas de forme modérée. Ces observations vont donc dans le sens de l’hypothèse selon laquelle le macro-domaine du SARS-CoV-2 pourrait être reconnu par des anticorps dirigés contre la rubéole produits lors de la vaccination. Cela expliquerait pourquoi on observe chez les patients avec le SARS-CoV-2 des taux augmentés d’IgG contre le virus de la rubéole, à un niveau correspondant à celui observé lors d’une 2ème infection par le virus de la rubéole. Chez les patients avec une forme sévère de COVID-19, la charge virale de SARS-CoV-2 pourrait être plus importante et ainsi expliquer les taux plus élevés d’anticorps contre la rubéole.

En conclusion, les auteurs suggèrent que le vaccin ROR ne permet pas de prévenir l’infection par le SARS-CoV-2 mais pourrait en atténuer la gravité. Cette hypothèse n’est basée que sur des observations. Pour être confirmée, il serait nécessaire de mettre en place une étude basée sur les données individuelles, afin d’étudier le statut immunitaire vis-à-vis du vaccin ROR des patients atteints par le COVID-19.

Exceptionnellement durant cette période de crise sanitaire, certaines publications mentionnées sont au moment de la rédaction de cet article encore en prépublication, en cours de relecture par les pairs et susceptibles d'être modifiées. Nous attirons votre attention pour apporter la plus grande prudence quant aux résultats apportés.