Le trafic routier, principal facteur de risque d’exacerbation d’asthme en PACA

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Selon Santé Publique France, la pollution de l’air serait associée à 48.000 décès prématurés chaque année. Et plusieurs études épidémiologiques ont suggéré un effet néfaste à court terme de la pollution de l’air sur la santé, avec notamment une augmentation des consultations aux urgences et des hospitalisations pour asthme. Mais les nombreux facteurs de confusion comme les conditions météorologiques, les infections virales ou les concentrations de pollens au domicile des patients ont rarement été pris en compte dans les études existantes. Les conditions climatiques de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui favorisent la production de polluants atmosphériques secondaires, le fort niveau d’urbanisation, et la fréquence des pics de pollution aux particules fines dans cette région ont conduit des chercheurs marseillais à mesurer l’impact de la pollution de l’air près du domicile des patients sur les consultations aux urgences pour asthme. L’effet des conditions météorologiques, des concentrations de pollens et des épidémies virales a été mesuré.

Méthodologie

·       Les résumés de passages aux urgences transmis à Santé Publique France depuis la région PACA entre janvier et décembre 2013 et ayant inclus des patients de 3 à 99 ans ont été pris en compte dans cette étude observationnelle.

·       Les patients ayant consulté les urgences pour asthme constituaient la cohorte d’observation et étaient appariés à ceux ayant consulté pour traumatisme car leur état de santé avait peu de risque d’être impacté par la pollution (cohorte contrôle).

·       Pour chaque code postal figurant dans les résumés de passage aux urgences, le niveau de pollution était communiqué par l’association de surveillance de la qualité de l’air (Air PACA).

·       Les données météorologiques relevées par les stations de météo France les plus proches du domicile des patients étaient enregistrées.

·       Les concentrations de pollens étaient collectées auprès du réseau de surveillance aérobiologique pour les communes concernées.

·       Le risque viral était défini par le rapport entre le nombre de consultations journalières liées à des infections virales saisonnières (grippe, pneumonie, bronchite, rhinopharyngite, angine, etc.) et le nombre de consultations total, dans chaque service d’urgence.

Résultats

·       Sur les 55 services d’urgence de la région PACA, 37 ont participé à l’étude et ont transmis 1.048.575 résumés de passage aux urgences.

·       794.884 visites de patients âgés de 3 à 99 ans ont été enregistrées, dont 6.250 pour asthme et 278.192 pour traumatisme.

·       Les patients qui consultaient les urgences pour asthme étaient plus jeunes que ceux de la population totale ayant consulté les urgences pour exacerbation d’asthme (22,67 vs 41,49 ans). Les femmes étaient aussi concernées que les hommes. Elles présentaient cependant un risque plus élevé que celui de la cohorte contrôle (Odds ratio (OR) 1,52 [IC95% : 1,43-1,61], p<0,01).

·       Des taux de NO2 élevés (>12,37 µg/m3) et des conditions météorologiques combinant des températures basses (<21,8°C) et des taux d’humidité élevés (>83%) ont été associés à un sur-risque de consultation aux urgences pour asthme : 1,35 [1,17-1,57] (p<0,01) à 1,28 [1,04-1,58] (p =0,02) selon les taux d’ozone, et 1,28  [1,05-1,57] (p=0,02), respectivement.

·       Les particules fines PM10 n’étaient associées à un sur-risque que chez les patients les plus jeunes (3-17 ans).

·       Un niveau épidémique viral élevé a été également associé à un sur-risque, moindre mais significatif (OR 1,04 [1,04-1,05], p<0,01). En revanche aucune association n’a été relevée avec les concentrations de pollens.

À retenir             

L’exposition à des taux élevés de dioxyde d’azote (NO2, principalement liés au trafic routier) au domicile est apparue comme un facteur de risque indépendant, capable d’augmenter de façon significative le risque de consultation aux urgences pour asthme chez les adultes, comme chez les enfants. Parmi les autres facteurs pris en compte dans l’analyse, seuls le sexe féminin, des conditions météorologiques associant des températures basses et un taux élevé d’humidité, et un haut niveau d’épidémie virale ont été identifiés comme pouvant augmenter le risque d’exacerbation d’asthme nécessitant le recours aux urgences.