Le rôle prépondérant de la charge virale dans la transmission du SARS-CoV-2

  • Marks M & al.
  • Lancet Infect Dis

  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

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  • Cette étude montre que la charge virale joue un rôle prépondérant dans la transmission du SARS-CoV-2 depuis les cas index vers les cas contacts identifiés, bien au-delà d’autres paramètres comme l’âge ou la présence de symptômes.
  • Parmi les cas contacts asymptomatiques mais qui étaient déjà positifs au SARS-CoV-2 à l’inclusion, la charge virale impacte fortement le risque de développer des symptômes, ainsi que la durée de la période d’incubation, et ceci de manière dose-dépendante.
  • Ces résultats suggèrent que tous les cas contacts peuvent être des transmetteurs potentiels, quelle que soit leur symptomatologie.
  • Les auteurs incitent à évaluer de façon plus systématique la charge virale des cas contacts pour stratifier le risque et le délai de développement d’une forme symptomatique.

 

 

La recherche du SARS-CoV-2 dans les voies respiratoires supérieures a montré que le virus était présent au moins 2 jours avant la survenue des symptômes et parfois jusqu’à plusieurs semaines après. La charge virale est suspectée d’être associée au risque de transmettre et de développer une forme symptomatique de la maladie. Elle pourrait également être en lien avec la durée d’incubation jusqu’à l’apparition des premiers symptômes. Cependant, la relation entre la charge virale détectée et la transmission ou l’évolution de la maladie n’a pas été clairement établie. À partir du registre de surveillance épidémiologique des urgences de Catalogne, des chercheurs espagnols ont analysé les facteurs susceptibles d’influencer la dynamique de transmission du virus et de développement des symptômes.

Méthodologie

Cette analyse post-hoc a utilisé les données de l’essai BCN PEP CoV-2 qui avait inclus des sujets atteints de COVID-19 confirmée par PCR et leurs cas contacts dans 3 centres de Catalogne. Les patients non hospitalisés, disposant d’un test PCR quantitatif évaluant la charge virale, et dont les symptômes légers étaient survenus depuis moins de 5 jours, ont été inclus. Ils ne devaient pas avoir eu de cas de COVID-19 dans leur entourage familial ou professionnel au cours des 14 jours précédant l’inclusion. Leurs contacts ont également été inclus. Il s’agissait d’adultes exposés récemment au cas index, mais sans aucune manifestation de symptômes compatibles avec la COVID-19 au cours des 7 jours précédant l’inclusion. Leur charge virale était évaluée par RT-PCR quantitative à partir de prélèvements nasopharyngés à l’inclusion, et 14 jours plus tard, ainsi qu’en cas de symptômes. Le risque de transmission entre les cas index et les cas contacts et le risque de développement de symptômes a ensuite été analysé en fonction de différents paramètres : charge virale, caractéristiques démographiques et cliniques des cas, etc.

Résultats

  • Entre mars et avril 2020, 314 patients atteints de COVID-19, 753 cas contacts et 282 clusters (définis par l’existence d’au moins un cas contact) ont pu être identifiés. Parmi ces clusters, 32% ont donné lieu à des cas de transmission. 
  • En analyse multivariée, la charge virale du cas index était fortement associée au risque de transmission (odds ratio ajusté pour une augmentation de la charge virale d’un Log10 : 1,3 [1,1-1,5]), avec une concentration de 5,1 log10 copies/mL dépassée dans 90% des cas de transmission. L’appartenance du cas contact au même foyer que le cas index multipliait le risque de transmission par 3 (ORa 3,0 [1,59-5,65]). Un âge plus avancé des cas contacts était également associé à un surrisque de contamination de 1,02 [1,01-1,04] par an, mais  le port du masque (déclaré) par le contact et a présence de symptômes respiratoires du cas index à l’inclusion n’avaient pas d’influence.
  • Sur les 421 cas contacts ayant eu une PCR positive à l’inclusion et qui étaient asymptomatiques, 43% ont développé une forme symptomatique de COVID-19 au cours de la période de suivi. Cela concernait davantage (66%) ceux qui avaient une charge virale élevée à l’inclusion (>1.1010 copies/mL) que ceux dont la charge virale était plus basse (seulement 38% de ceux qui avaient une charge <1.107 copies/mL). L’âge ou la présence de comorbidités (diabète, maladie cardiovasculaire ou respiratoire) ne semblaient pas avoir d’influence sur le risque de développer des symptômes, ni sur leur délai d’apparition.
  • Dans cette même population de cas contacts, le délai médian entre l’exposition au cas index et la survenue des symptômes était également dépendant de la charge virale des cas contact à l’inclusion avec une relation dose-réponse : 7 jours pour une charge virale initiale <1.107 copies/mL, 6 jours pour une charge comprise entre 1.107 et 1.109 copies/mL, et 5 jours pour une charge virale >1.1010 copies/mL.

Limites

Pas de sujets asymptomatiques enrôlés parmi les cas index et donc pas d’étude de leur risque de transmission.