Le risque de mortalité prématurée est fortement augmenté après automutilation chez le sujet âgé

  • Morgan C & al.
  • Lancet Psychiatry
  • 15 oct. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Cette étude de cohorte montre que les sujets âgés s’étant automutilés présentent un risque beaucoup plus élevé de décès de causes non naturelles au cours de l’année qui suit, notamment par suicide. La présence de comorbidités, en particulier psychiatriques, préexistant à ce geste est fréquente. Ces patients reçoivent majoritairement des antidépresseurs, mais sont insuffisamment orientés vers des services psychiatriques. De façon surprenante, les antidépresseurs tricycliques restent souvent prescrits, malgré le risque connu de toxicité fatale en cas de surdose.

Les auteurs encouragent les médecins généralistes à adresser plus systématiquement les patients à un service de psychiatrie après une automutilation, de façon à mettre en place des mesures de prévention et de soutien ciblées dans cette population. Les auteurs soulignent aussi la nécessité d’une plus grande vigilance vis-à-vis des prescriptions d’antidépresseurs tricycliques qui doivent être évités après automutilation selon le NICE (National Institute for health and Clinical Excellence).

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

L’automutilation, c’est-à-dire le fait de s’infliger des blessures de quelque nature que ce soit sans volonté de se donner la mort, est connue pour être un facteur de risque majeur de suicide, en particulier chez les seniors (>65 ans). Pourtant, l’incidence des automutilations et leur lien avec la mortalité par causes non naturelles a été très peu étudiée en population âgée et se limite à quelques données hospitalières. Cette étude britannique s’est donc donnée pour objectif d’évaluer l’incidence des automutilations au sein d’une cohorte de sujets âgés en soins primaires. Leur prise en charge, leur éventuelle association avec la présence de troubles psychiatriques et le risque de décès de cause non naturelle (y compris de suicide) ont été analysés.

Conception de l’étude

À partir de la base de donnée britannique Clinical Practice Research Datalink renseignée par les médecins généralistes dans le cadre de leur pratique courante, 4.124 sujets de 65 ans ou plus et disposant d’un diagnostic d’automutilation entre 2001 et 2014 ont pus être identifiés (ingestion de médicaments, autocoupures ou autres). L’existence de troubles psychiatriques et la prescription de psychotropes ont été recherchées chez ceux qui disposaient d’un suivi de plus de 12 mois (n=2.854). Ces données ont été comparées à celles d’une cohorte contrôle (n=48.921) et la mortalité cause spécifique a été analysée.

Résultats

  • Au cours de la période étudiée (13 années), l’incidence des automutilations a été de 4 pour 10.000 personnes-années, concernant autant les hommes que les femmes. Elle était augmentée de 31%  chez les sujets âgés de 75 à 84 ans par rapport à ceux de 65 à 74 ans et de 76% chez les sujets âgés de 85 ans et plus. Des récidives se sont produites chez 14,4% des patients dans l’année suivant l’événement index.
  • Suite à un épisode d’automutilation, seulement 11,7% des sujets ont été adressés à un service psychiatrique dans les 12 mois, et ce chiffre était réduit de 33% dans les régions socialement défavorisées.
  • Des psychotropes étaient davantage prescrits aux plus jeunes (65-75 ans vsles plus de 85 ans), et chez les femmes. Il s’agissait le plus souvent d’antidépresseurs (59% des sujets), et 11,8% d’entre eux se sont vus prescrire des antidépresseurs tricycliques dans l’année suivant l’épisode d’automutilation.
  • Les sujets qui disposaient déjà d’un diagnostic de troubles psychiatriques avant l’événement étaient deux fois plus nombreux dans la cohorte des sujets automutilés que dans la cohorte contrôle, en particulier les sujets atteints de troubles de la personnalité (14 fois plus nombreux) ou de troubles bipolaires (11 fois). Des comorbidités non psychiatriques étaient aussi plus souvent présentes chez les automutilés (+20%).
  • Au cours de l’année suivant l’automutilation, la mortalité de cause non naturelle a été 20 fois supérieure dans la cohorte des sujets concernés par rapport à la cohorte contrôle. Le risque de suicide était en particulier beaucoup plus élevé sur l’ensemble de la période étudiée, avec un hazard ratio de 145,4 [IC95% : 53,9-392,3].