Le risque d’arrêt maladie associé à la consommation de cannabis

  • Déguilhem A & al.
  • Front Public Health

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude française prospective conduite à partir de la cohorte nationale CONSTANCES, une consommation de cannabis plus d'une fois par mois est associée à un risque accru d’arrêts maladie de courte et de moyenne durée à 1 an, y compris lorsque les paramètres sociodémographiques, socioprofessionnels et l’existence d’une maladie chronique étaient ajustés.

  • Par ailleurs, plus la consommation était fréquente, et plus les arrêts de courte durée étaient fréquents.  

Pourquoi est-ce important ?

La France est le premier pays européen en termes de prévalence de la consommation de cannabis en population générale. Elle aurait triplé entre 1992 et 2017 au sein de la population active, passant de 3,5 à 9,6%, mais serait disparate selon le milieu sociodémographique et professionnel. Il a déjà été décrit des liens longitudinaux entre la consommation d'alcool et de tabac et le risque d'absences pour maladie, mais cette association n’a pas été étudiée en ce qui concerne celle de cannabis. Des chercheurs ont donc exploité les données de la cohorte CONSTANCES pour l’évaluer.

Méthodologie

CONSTANCES est une cohorte nationale regroupant des adultes âgés de 18 à 69 ans à l'inclusion entre 2012 et 2018, représentatifs de la population générale. La cohorte a inclus plus de 220.000 volontaires vivant en France métropolitaine. Les données de ceux qui étaient en activité professionnelle, et notamment leurs arrêts maladies, ont été recueillies et croisées avec la réponse apportée par les participants aux questions relatives à la consommation de cannabis.

Principaux résultats

Parmi les 87.273 participants inclus dans l’analyse, 16,3% avaient eu au moins un arrêt maladie à un an de suivi. Parmi eux, la majorité (59,4%) n’avaient jamais consommé de cannabis, tandis qu’un tiers (36,7%) en avaient consommé plus d’un an auparavant, les autres en ayant consommé à différentes fréquences dans la dernière année.

L’analyse a été conduite séparément selon la durée des arrêts maladie. Ainsi, la consommation de cannabis plus d'une fois par mois était associée à un risque accru d’arrêts maladies de courte durée (moins de 7 jours) (OR 1,56 [1,32-1,83]) dans un modèle d’analyse multivariée ajustée sur l’ensemble des paramètres. Les hommes avaient un risque plus élevé que les femmes et après stratification, cette association ne restait statistiquement significative que pour les personnes qui se considéraient en meilleur état de santé. Par ailleurs, il existait une relation dose-dépendante entre la consommation de cannabis et le risque d’arrêt maladie de courte durée (OR 1,13 [1,08-1,18], p<0,001).

La consommation de cannabis plus d'une fois par mois était associée au risque d’arrêt maladie de durée moyenne (entre 7 et 27 jours, OR 1,29 [1,07-1,54]) pour le modèle entièrement ajusté. Après stratification sur le sexe, l'âge et le tabagisme, cette association restait vérifiée pour les participants les plus âgés et les hommes.

Enfin, la consommation de cannabis plus d'une fois par mois était associée aux arrêts maladies prolongés au-delà de 28 jours (OR ajusté 1,39 [1,10-1,73]) et après stratification en fonction de l'âge, du sexe et du tabagisme, uniquement chez les 35- 50 ans (OR 1,59 [1,11-2,20]) et chez les hommes (OR 1,58 [1,19-2,07]).

Les analyses de sensibilité ont montré que ces associations restaient significatives pour les participants n'ayant jamais eu d’arrêt maladie dans les trois années précédant l’inclusion.