Le néolibéralisme à l’origine des difficultés des systèmes de santé

  • Serge Cannasse
  • Actualités professionnelles
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Valéry Ridde, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) , et Christian Dagenais, Professeur de psychologie à l’Université de Montréal, signent un réquisitoire contre « les idées néolibérales » 1 qui selon eux, ont présidé aux réformes des systèmes de santé dans le monde depuis plusieurs décennies et conduisent ceux-ci à manquer de résilience face aux crises internes (changements de personnel, mode de financement, modalité de gestion) et externes (épidémie, attaque informatique ou terroriste, ouragan, etc.) qu’ils ont connues.

Un impact globalement négatif sur les systèmes de santé

Leur argumentation se développe en citant plusieurs études portant sur de nombreux pays, dont les résultats ne sont néanmoins qu’évoqués le plus souvent. Ainsi en France, « on a de plus en plus laissé le service privé et la pratique privée de la médecine se développer, y compris au sein des hôpitaux publics. Alors que les soins concernent d’abord les malades, ceux-ci ont été mis à l’écart des prises de décisions qui affectent directement leur vie ». Au Mali et au Sénégal, c’est notamment « l’indexation du financement sur la performance » qui a été mise en œuvre. D’une manière générale, « dans le domaine des réformes hospitalières », ces idées se sont traduites « par une demande de plus d’autonomie pour les établissements, d’approches contractuelles où les hôpitaux ont des objectifs à atteindre pour obtenir des financements, de séparation des fonctions entre l’acheteur et le fournisseur de soins, de paiement direct de la part des patients ou d’incitations liées à l’atteinte d’objectifs de performance ».

Les travaux cités, qu’ils concernent le Ghana, le Zimbabwe, le Sri Lanka, l’Inde, la Thaïlande ou le Québec, concluent à un « impact profondément négatif » des idées néolibérales sur les systèmes de santé. De plus, ces idées, en particulier celles portant sur le paiement à la performance, n’auraient aucune justification scientifique.

En tout cas, elles expliqueraient « l’absence de préparation du système de santé français à la pandémie de Covid-19 alors qu’il disposait de plans, de comités, et d’expériences, avec par exemple la canicule de 2003, les attentats de 2015 ou la lutte contre le VIH ». En effet, « la marchandisation des soins » qu’elles promeuvent s’effectue « au détriment de la solidarité, de l’accès aux soins et des relations de soins ».

Pour la promotion des soins primaires par les autorités de santé

Les auteurs rappellent qu’en 2018, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) avait mis en évidence « trois principales tendances nuisant à l’orientation des systèmes de santé envers les soins de santé primaires : l’hospitalo-centrisme, la marchandisation, la fragmentation ». Or, la même organisation a réaffirmé en mai 2023 que les soins primaires sont au fondement de la résilience des systèmes de santé. Des travaux empiriques à contre-courant des « idées néolibérales » avancent des propositions d’amélioration de ces soins, par exemple la facilitation des échanges d’information et de la coordination par la mise à disposition d’outils numériques par les autorités sanitaires. Mais les auteurs prennent soin de noter que ces mesures ne sont efficaces que « si les enjeux d’économie politique et de contexte local sont pris en compte ». Ils concluent sur le fait que la santé est un droit humain fondamental et que « la poursuite de l’économie néolibérale » ne permet pas de mettre en œuvre.