Le mythe de l’équité du Père Noël est mis à mal par une étude anglaise !

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Le Père Noël est célèbre pour son voyage à travers le monde dans le but de délivrer des présents aux enfants le 25 décembre. La croyance populaire selon laquelle il visite les enfants en fonction de leur degré de gentillesse au cours de l’année écoulée perdure. Pourtant…, aucune preuve empirique n’existe pour soutenir l’hypothèse qu’il s’agit du seul facteur déterminant déclenchant sa visite. Il était important d’éclaircir le sujet ! Des chercheurs anglais et américains ont choisi d’étudier des hôpitaux pédiatriques où les enfants malades mériteraient le plus une visite du Père Noël. Et, ils ont évalué la probabilité de sa visite en fonction du comportement relatif des enfants, de la distance au pôle Nord et selon le niveau socio-économique.

Méthodologie

  • Étude observationnelle rétrospective menée à Noël 2015 dans différents hôpitaux pédiatriques en Angleterre, Irlande du Nord, Écosse et Pays de Galles.
  • 186 membres du personnel travaillant dans ces hôpitaux à Noël ont participé à cette étude.
  • Critère principal d’évaluation : présence ou absence du Père Noël dans le service de pédiatrie le jour de Noël. Les services d’audit fermant leurs portes pour Noël, les hôpitaux ne tiennent aucun registre des visites du Père Noël. C’est pourquoi, un stagiaire a été missionné pour contacter par téléphone une personne travaillant dans chacun de ces services de pédiatrie le 25 décembre afin qu’il puisse témoigner de la visite ou non du Père Noël.
  • Cette donnée a été corrélée au taux régional d’absentéisme à l’école primaire, au taux régional de condamnation pour délits (pour les jeunes de 10-17 ans), à la distance en kilomètres à vol de renne entre le pôle Nord et l’hôpital et au contexte socio-économique (indice de privation multiple).
  • La méchanceté a été considérée en croisant deux types d’informations :
    • Le taux d’absentéisme de l’école primaire (obtenu grâce aux bases de données publiques et disponibles en ligne pour chaque pays). Le taux d’absentéisme scolaire a été déterminé par le nombre total d’absences autorisées et non autorisées, et a été rapporté en nombre de demi-journées d’absence.
    • Le taux de condamnation pour délits/1.000 jeunes entre 10-17 ans sur la région considérée (obtenu grâce aux Ministère de la Justice).
  • La distance entre l’hôpital et le pôle Nord a été déterminé grâce à un outil puissant : le FreeMap Tools (www.freemap-tools.com).
  • Le contexte socio-économique global a été caractérisé par un indice de privation multiple qui combinait le revenu, l’emploi, la privation de santé et le handicap, le niveau de formation et les compétences, les obstacles au logement et à l’accès aux services. Chaque hôpital a reçu un score basé sur le classement de la zone (par déciles) sur laquelle il était situé. À des fins de modélisation, le codage de variables a été inversé de façon à ce que les rapports de cotes puissent illustrer l’effet de l’augmentation de la privation sur les chances de visite du Père Noël.
  • Un test de Fisher a permis d’évaluer les différences entre les régions et un modèle de régression logistique a été utilisé en intégrant les facteurs potentiels de confusion pour évaluer les risques de non visite du Père Noël.

Résultats

  • Sur les 191 services de pédiatriques initialement identifiés grâce au Royal College of Peadiatrics and Child Health, cinq ont été exclus, tous en Angleterre (1 ayant décliné sa participation et 4 ayant fermé ou ayant été transférés au sein d’un autre hôpital).
  • Au global, le Père Noël a visité 90% (168/186) des services de pédiatrie inclus dans l’étude.
  • Tous les hôpitaux d’Irlande du Nord ont reçu la visite du Père Noël, ce qui représente la couverture la plus réussie de visite par le Père Noël. L’Écosse est arrivée en seconde position avec 93% de taux de visite (14/15), le Pays de Galles en 3ème position avec 89% de taux de visite (11/12) et 89% pour l’Angleterre (135/151).
  • Après utilisation d’un modèle de régression logistique, il s’avère que le risque de ne pas recevoir la visite du Père Noël était plus élevé dans les services de soins pédiatriques des régions ou la privation socio-économique était la plus forte. En effet, l’augmentation d’un décile dans l’index multiple de privation (des moins défavorisés vers les plus défavorisés) était associé à un odds ratio de 1,31 [IC95% : 1,04-1,71], p=0,03 pour l’Angleterre et de 1,23 [IC95% : 1,00-1,54], p=0,06 pour le Royaume-Uni.
  • En revanche, aucune corrélation n’a pu être mise en évidence entre l’absentéisme scolaire, le taux de condamnation ou les taux de conviction et la venue du Père Noël, que ce soit pour le Royaume-Uni dans son ensemble ou pour l’Angleterre seule, après analyse de sous-groupe.
  • Enfin, ni l’analyse globale des données concernant le Royaume Uni, ni l’analyse en sous-groupe sur l’Angleterre n’ont permis de mettre en évidence une relation statistiquement significative sur le fait que le Père Noël visite ou non un service de pédiatrie en fonction de la distance entre l’hôpital et le pôle Nord.

Limitations

  • Il est surprenant que le Père Noël ne fasse pas de discrimination à l’égard des enfants en fonction du pays ou de la région (par exemple les auteurs ont supposé que le Père Noël préférait visiter le Pays de Galles et l’Écosse car ces pays présentent un climat plus adapté pour les rennes).
  • Le choix des indicateurs d’absentéisme de l’école primaire et du taux de condamnation des jeunes de 10-17 ans ne sont pas idéaux, car ils sont mesurés au niveau de la région et de nouvelles recherches devraient être menées afin d’obtenir de meilleures estimations individuelles de la gentillesse et de la méchanceté des enfants.
  • Enfin, d’autres variables telles que la qualité du whisky laissé à la disposition du Père Noël, la préparation d’un dîner pour sa venue, la présence d’une cheminée dans l’hôpital ainsi que la mise à disposition de places de parking gratuites pour les rennes et le traîneau n’ont pas été considérées.

Financement et bonnes pratiques

Cette étude n’a pas reçu de financement de l’industrie et suit les recommandations de bonnes pratiques de réalisation des études et de publication.

À retenir

Ces résultats importants dissipent la croyance traditionnelle sur le fait que le Père Noël récompense seulement les enfants qui ont été gentils durant l’année. Ces conclusions soulèvent une question éthique de taille : faut-il ou non en parler aux enfants ? Du point de vue des auteurs, le Père Noël est moins susceptible de visiter des enfants des hôpitaux des zones les plus défavorisées. La distance au pôle Nord n’a pas été un facteur déterminant pour la visite du Père Noël, ce qui confirme la croyance largement répandue sur le fait qu’il n’est pas limité par la distance ou le temps, et qu’il est capable de distribuer des cadeaux partout dans le monde sur une période de 24 heures. Parmi les solutions envisageables pour améliorer cette situation, la révision du contrat du Père Noël semble être la plus pertinente. D’autres études doivent examiner si le Père Noël exerce une discrimination active ou si des facteurs structurels plus profonds sont en jeu. Car une théorie possible est que le Père Noël est forcé de maintenir l’inégalité existante puisqu’il n’est pas contractuellement autorisé à changer le statut socio-économique des individus. Rompre cet équilibre pourrait conduire le Père Noël a gagner un certain pouvoir politique et causer un mécontentement généralisé, ce qui irait à l’encontre de sa lettre de mission : délivrer de la joie.