Le microbiote intestinal et ses multiples vertus

  • Lecerf JM
  • Actualités pharmaceutiques

  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Le microbiote n’en finit plus de faire parler de lui. Il se caractérise d’abord par sa taille phénoménale, pas moins de 1013 à 1014 cellules, soit 1,5 à 10 fois plus que les cellules qui composent nos organismes, et par sa diversité, 4.300 espèces bactériennes, sans compter les levures et autres virus. Chaque individu possède un profil de microbiote stable et qui lui est propre, constituant ainsi une signature microbienne que l’on nomme entérotype.

Une action bien au-delà du tube digestif

Le microbiote intestinal joue un rôle majeur dans l’interface entre le milieu intérieur et extérieur que représente la muqueuse intestinale, ainsi que dans la maturation du système immunitaire. On sait aujourd’hui qu’il peut agir directement, sur la transformation du bol alimentaire bien sûr, mais également en stimulant la production de mucus, en constituant une barrière contre les pathogènes… Il exerce aussi une action indirecte par les métabolites et les résidus (lipopolysaccharides) qu’il produit et qui peuvent avoir un effet tant au niveau local qu’à distance.

Un rôle mieux compris dans le métabolisme énergétique et l’obésité

Dans des modèles animaux dépourvus de microbiote, il a été montré que les besoins énergétiques étaient augmentés de 30% à 50%, ainsi que le besoin en certains nutriments, notamment en vitamine A, B9 et B12. Ces animaux se montrent également résistants à l’obésité sous régime hypercalorique et « présentent une immaturité vasculaire, neurologique et immunitaire, ainsi qu’une altération de la barrière hémato-encéphalique et un retard au développement du système nerveux central » explique Jean-Michel Lecerf.

Le rôle majeur du microbiote dans le métabolisme énergétique a été magistralement démontré par une expérience désormais célèbre. Celle-ci a observé que la transplantation de microbiote fécal de souris obèses à des souris minces et dépourvues de microbiote les rend obèses. Et que cette prise de poids est empêchée par l’administration d’antibiotiques, même sous régime hypercalorique. Il est maintenant bien établi que le microbiote, via la production d’acides gras à chaînes courtes, peut agir sur l’extraction des calories alimentaires et la prise de poids, notamment en stimulant la production d’entéro-hormones (incrétines), mais aussi en agissant sur la résistance à l’insuline et la thermogenèse.

L’implication dans de nombreuses autres pathologies

Un déséquilibre, ou dysbiose, du microbiote intestinal a été associé à de nombreuses pathologies, même si pour nombre d’entre elles, il est difficile de dire aujourd’hui s’il s’agit d’une cause ou d’une conséquence : anorexie mentale, fibromylagie, maladie de Parkinson, maladie d’Alzheimer… La qualité du microbiote est également altérée dans les rhumatismes chroniques inflammatoires, les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI), la stéatose hépatique, le cancer colorectal, le diabète de type 1 et 2 ou encore la dépression…

Une hyperperméabilité de la muqueuse intestinale est souvent incriminée. Elle permettrait le passage dans l’organisme de métabolites bactériens impliqués dans les mécanismes d’insulinorésistance ou dans le stockage hépatique des lipides, ou encore de protéines qui pourraient contribuer à la réduction de la prise alimentaire et à la perte de poids dans l’anorexie mentale. Le rôle du microbiote dans l’inflammation, par le passage de lipopolysaccharides (débris bactériens) stimulant la production de cytokines, a également été bien décrit.

Quelles applications en clinique aujourd’hui ?

Majoritairement hébergé dans le côlon, le microbiote intestinal est susceptible de se modifier sous l’influence de nombreux facteurs au premier rang desquels figure bien sûr l’alimentation. Le régime alimentaire joue donc un rôle préventif déterminant. Une alimentation occidentale riche en graisses, sucre et protéines animales et pauvre en fibre favorise son déséquilibre, alors qu’une alimentation privilégiant les végétaux et par là-même l’apport de glucides fermentescibles, de fibres, de prébiotiques et de polyphénols exerce à l’inverse un effet protecteur sur le microbiote. Autre action préventive, le fait de limiter autant que possible les antibiothérapies chez le jeune enfant et l’exposition aux polluants environnementaux durant la grossesse. Les accouchements par voie basse et l’allaitement doivent être privilégiés car ils déterminent durablement la mise en place du microbiote chez le nouveau-né.

En ce qui concerne les probiotiques (aliments fermentés et compléments alimentaires), les bénéfices sont modestes mais réels, en gardant à l’esprit qu’ils sont souche-dépendants. Les résultats concernant les prébiotiques sont encourageants, mais encore limités à des modèles animaux. Reste la transplantation de microbiote fécal qui a largement fait ses preuves dans les infections à Clostridium difficile. Son utilisation dans d’autres domaines reste à ce jour très limitée en raison d’un possible risque de transfert de pathologie avec le microbiote transplanté.