Le méthotrexate à faible dose induit aussi des cytopénies

  • Lalevée S & al.
  • Eur J Intern Med
  • 1 sept. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les données de la littérature indiquent que jusqu’à 5% des patients sous méthotrexate (MTX) faible dose développeraient une cytopénie. Le MTX est utilisé pour ses propriétés immunomodulatrices à faible dose (≤30 mg/semaine) notamment pour traiter le psoriasis, la polyarthrite rhumatoïde ou la maladie de Crohn. Or, si la survenue d’une cytopénie sous MTX forte dose est bien évaluée, elle l’est moins pour les patients prenant des doses plus faibles. Les résultats de cette étude rétrospective basée sur les cas de pharmacovigilance déclarés entre 2006 et 2016 montrent que dans plus de la moitié des cas, les patients présentaient une pancytopénie. Dans près de 40% des cas, le MTX était le seul médicament pouvant être suspecté de cytopénie, et celle-ci survenait dans l’immense majorité des cas après plus de deux mois d’utilisation, et un mécanisme toxique semblait le plus probable. Chez près de 20% des cas, une erreur médicamenteuse était suspectée, la plus fréquente étant une prise quotidienne à la place d’une prise hebdomadaire. Ces données montrent qu’il est important d’insister auprès du patient et de son entourage sur les modalité de prise de ce traitement notamment, chez les patients les plus âgés.

Protocole de l’étude

Tous les cas de cytopénie (anémie, leucopénie, thrombocytopénie, bi- ou pancytopénie) répertoriés dans la banque de données nationale de pharmacovigilance entre 2006 et 2016 concernant des patients traités par MTX à faible dose ont été analysés. Au total, 3 groupes ont été définis : les cytopénies liées à une erreur médicamenteuse liée au MTX (prise quotidienne plutôt qu’hebdomadaire), cytopénies de patients polymédiqués, cytopénies sous traitement unique par MTX.

Principaux résultats

Au total, 433 cas de patients ayant une cytopénie sous MTX ont été analysés. Parmi eux, 19,4% correspondaient à des erreurs médicamenteuse, 41,6% sont survenues chez des patients polymédiqués, 39,0% chez des patients sous MTX seul. L’âge moyen des patients était de 70 ans, et 69% étaient des femmes. Dans 63,1% des cas, le MTX était prescrit pour polyarthrite rhumatoïde, 10,6% pour psoriasis ou rhumatisme psoriasique, 4,6% pour spondyloarthropathie,4,6% pour vascularites, 3,9% pour connectivites, 2,6% pour maladie inflammatoire des intestins et dans 10,6% des cas, la maladie n’était pas notifiée.

L’immense majorité des cas correspondait à une pancytopénie (57,7%), un quart une monocytopénie et le reste une bicytopénie. Le MTX était suspecté être le seul médicament pouvant induire une cytopénie dans 39% des cas. Une erreur médicamenteuse était retrouvée dans 19,4% des cas, la plus fréquente (76,2%) étant la prise quotidienne et non hebdomadaire du traitement. Lorsqu’un autre traitement pouvait être suspecté de cytopénie, il s’agissait la plupart du temps d’un antibiotique (dans 25% des cas). À noter que 3,6% des cas correspondaient à une erreur de délivrance (méthotrexate au lieu de Météoxane® (pour les douleurs intestinales). Chez 11,9%  de ceux qui prenaient le MTX de manière hebdomadaire, le traitement n’aurait pas dû être prescrit car ils souffraient d’insuffisance rénale sévère ou allaient être mis sous dialyse. Ceux dont la cytopénie était consécutive à une erreur médicamenteuse étaient plus âgés (74 ans versus 69 ans), étaient plus souvent sous MTX par voie orale (92,9% versus 65,3%) et avaient plus souvent une pancytopénie (71,4% versus 54,4%).

Chez 80% des patients, la cytopénie s’était développée après plus de deux mois d’exposition. Pour ceux qui avaient développé une cytopénie dans les 2 premiers mois de traitement, la forme utilisée était plus souvent en sous-cutanée (SC), et pour près de 15%, celle-ci est survenue lors du passage de la forme orale à la forme SC ou après une augmentation de dose. Enfin, chez près de 83% le mécanisme évoqué était d’ordre toxique.

Principales limitations

Étude rétrospective portant sur la déclaration de cas, pouvant engendrer des biais.