Le métabolisme glucidique, au carrefour des facteurs de risque d’autisme

  • Hoirisch-Clapauch S & al.
  • Transl Psychiatry
  • 31 janv. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Un article de synthèse paru dans Translational Psychiatry résume les données de la littérature concernant les différents facteurs de risque de troubles du spectre autistique (TSA) : ils décrivent la façon dont le métabolisme glucidique gestationnel (hyperglycémie) ou néonatal (hypoglycémie) s’inscrit au carrefour de nombreuses associations jusqu’aujourd’hui mises à jour.


 

Les TSA sont liés à une connectivité cérébrale perturbée ainsi qu’à des dysfonctions mitochondriales. L’influence de l’hyperglycémie intra-utérine sur la connectivité cérébrale a été décrite par différents modèles animaux et études précliniques. La rééline, qui joue un rôle majeur dans la migration neuronale, est sous l’influence de protéases dont l’activité est elle-même sous l’influence indirecte de la glycémie ou de l’insulinémie. Par ailleurs, l’hyperglycémie intra-utérine influencerait aussi la migration et la connexion neuronale par le biais de toxines et de modifications épigénétiques.

Les dysfonctions mitochondriales, qui ne sont identifiées que chez 5% des sujets à TSA pourraient en réalité être plus fréquentes, mais ignorées par l’imagerie permettant d’identifier uniquement les dysfonctions chroniques et non celles transitoires liées à une hypoglycémie néonatale.

Rôle de l’hyperglycémie intra-utérine parmi les facteurs de risque de TSA

Plusieurs facteurs de risque de TSA relatifs au métabolisme glucidique ont été identifiés. Ainsi, le diabète maternel exposerait à un risque de TSA chez l’enfant accru de 50%, a fortiori chez les femmes diabétiques de type 1 vs type 2. Le diabète gestationnel accroîtrait également le risque de TSA lorsqu’il survient avant la 26ème semaine de grossesse. L’hyperglycémie postprandiale (en cas d’obésité prégestationnelle ou de gain de poids ≥18 kg pendant la grossesse) constitueraient aussi des facteurs favorisant le développement d’un TSA.

L’augmentation de 59% du risque de TSA chez les enfants nés de femmes présentant un syndrome des ovaires polykystiques pourrait s’expliquer par la forte prévalence de l’insulinorésistance dans cette population (50-70%). Celle qui a été observée chez des enfants nés après pré-éclampsie ou insuffisance placentaire pourrait aussi s’expliquer par l’hyperinsulinémie maternelle, qui constitue un facteur de risque commun à ces deux troubles. Enfin, l’augmentation de la prévalence des TSA chez les enfants nés de mères souffrant de polyarthrite rhumatoïde, de psoriasis, d’asthme ou d’eczéma pourrait reposer sur le recours aux corticoïdes, dont l’impact sur le métabolisme glucidique est bien connu.

Rôle de l’hypoglycémie néonatale parmi les facteurs de risque de TSA

L’hypoglycémie néonatale sévère (

Or, l’inactivité physique et/ou l’alimentation riche en glucide et pauvre en protéines avant l’accouchement conduirait à une hyperinsulinémie maternelle qui favoriserait la sécrétion de l’insuline par le fœtus, menant à une hypoglycémie néonatale. Une étude a par ailleurs, décrit que la fréquence des TSA était inférieure parmi une cohorte d’enfants prématurés par rapport à une cohorte d’enfants nés à terme. Le dépistage et la prise en charge systématique de l’hypoglycémie néonatale parmi les premiers pourrait expliquer la moindre prévalence des troubles autistiques. À l’inverse, une hypoglycémie néonatale reste souvent asymptomatique chez les seconds. En l’absence d’une stratégie de dépistage ciblée, il est possible que de nombreux nouveaux-nés ne soient pas diagnostiqués. Les auteurs reconnaissent néanmoins que le lien entre hypoglycémie néonatale et risque de TSA est difficile à démontrer, le dépistage du déséquilibre métabolique conduisant logiquement à sa prise en charge.

Exposition prénatale aux médicaments et risque de TSA

Plusieurs études ont décrit des risques de TSA associés à l’exposition intra-utérine à la terbutaline, aux inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), au valproate ou à l’héparine forte dose. Selon la molécule considérée, ces traitements favoriseraient l’hyperglycémie intra-utérine ou réduiraient les signes d’hypoglycémie néonatale.

En conséquence, des études de dépistage de l’hypoglycémie néonatale ou d’intervention chez les enfants nés de mère à risque (troubles glycémiques, exposition médicamenteuse, modification de l’hygiène de vie avant l’accouchement…) permettraient d’améliorer les connaissances sur le risque de TSA relatif à ces troubles.