Le groupe sanguin influe-t-il sur le risque thrombo-embolique ?

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités médicales
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Les groupes sanguins érythrocytaires ABO ont été associés à l'augmentation du risque thrombo-embolique tant artériel que veineux. Les études épidémiologiques publiées ont cependant abouti à des résultats pour le moins discordants, notamment pour ce qui est de l'amplitude du risque et aucune certitude n'est acquise dans ce domaine. Il faut reconnaître qu'il est bien difficile de l'estimer à partir des données disponibles qui émanent nécessairement d'études transversales, entachées de nombreux biais, portant de surcroît sur des effectifs restreints. Une approche prospective de grande envergure serait à l'évidence nécessaire pour conclure, mais elle s'apparente à une mission quasiment impossible. L'étude de Framingham, modèle du genre, ne s'est penchée, pour l'heure, que sur les relations entre les groupes ABO et le risque de maladie cardiovasculaire. Rien de probant sur la maladie veineuse thrombo-embolique ou encore sur les embolies affectant le système artériel qui ne relèvent pas, d'ailleurs, des mêmes mécanismes pathogéniques, même s'il existe des facteurs génétiques favorisants plus ou moins identifiés selon le contexte clinique.

Les conclusions d'une vaste étude viennent alimenter le débat sous un angle nouveau, puisque prospectif. Elle a reposé sur la base SCANDAT2 (Scandinavian Donations and Transfusions) dans laquelle ont été inclus, entre 1987 et 2012, 1,5 millions de donneurs de sang originaires du Danemark et de la Suède. Les données de cette base, notamment les groupes sanguins érythrocytaires ont été croisées avec celles d'autres registres nationaux colligeant les évènements thrombo-emboliques inauguraux ou récidivants, autant veineux qu'artériels.

Le suivi a finalement porté sur 1 112 072 participants et a été estimé à 13,6 millions de sujets-années. Au cours de celui-ci dernier, ont été dénombrés 24 653 évènements emboliques artériels et 9 170 dans le cadre d'une maladie veineuse thrombo-embolique. Des modèles de régression reposant sur la loi de Poisson ont permis d'estimer les ratios de taux d'incidence (RTI) qui constituent un reflet des risques relatifs.

Avantage au groupe O

Les groupes non O, comparativement au groupe O, ont été associé à une incidence plus élevée des embolies ou thromboses, tant d'origine artérielle que veineuse. Le RTI culminait dans certaines situations : (1) maladie veineuse thrombo-embolique survenant au cours de la grossesse (RTI, 2,22 ; intervalle de confiance à 95 %, [IC95] 1,77-2,79) ; (2) thromboses veineuses profondes d'une manière générale (RTI, 1,92 ; IC95, 1,80-2,05) ; (3) embolie pulmonaire (RTI, 1,80 ; 1,71-1,88).

Ainsi au sein de cette vaste population de donneurs de sang en bonne santé, les groupes sanguins non O semblent être associés à un risque accru d'évènements thrombo-embolique, plus sur le versant veineux qu'artériel, de surcroît dans certaines circonstances cliniques favorisantes. Cette association indéniable pourrait servir à identifier les sujets à haut risque, mais rien ne prouve que cette piste soit cliniquement pertinente, compte tenu de l'existence d'autres biomarqueurs à la fois plus sensibles et plus spécifiques… jusqu'à preuve du contraire.