Le fardeau des méningites virales au Royaume-Uni

  • McGill F et al.
  • The Lancet Infectious disease
  • 29 juil. 2018

  • de Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les virus représentent la principale étiologie des méningites de cause identifiée au Royaume-Uni. L’incidence des méningites de cause virale prouvée a pu être estimée à 2,73 cas pour 100.000 habitants, pour une incidence annuelle de méningite toutes causes de 13,47 cas pour 100.000 habitants. Les entérovirus constituent les agents infectieux les plus fréquemment identifiés, représentant 55% des cas de méningite d’origine virale, suivis par les virus du groupe herpès (44%). Une ponction lombaire précoce augmente les chances d’identifier l’agent pathogène et facilite la mise en place d’un traitement adapté. Et le délai prolongé avant d’en bénéficier (17h) apparaît problématique. Il pourrait expliquer pourquoi de nombreux cas restent sans étiologie déterminée et pourrait être lié en partie à la mise en place d’examens d’imagerie non indispensables. Les auteurs suggèrent que la réalisation d’une ponction lombaire immédiate au sein du service des urgences pourrait réduire la durée de séjour hospitalier et permettre des économies substantielles. Par ailleurs, ces méningites virales ne doivent pas être prises à la légère puisqu’elles apparaissent responsables d’un fardeau important, tant en aigu qu’à plus long terme.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Du fait de la réduction du nombre de méningites bactériennes et des progrès diagnostiques, l’étiologie virale représente une part croissante des méningites. Ces infections sont généralement considérées comme bénignes. Pourtant, même en cas de méningite virale suspectée, de nombreux patients reçoivent encore des traitements antibiotiques et voient leur séjour hospitalier inutilement prolongé. Une étude observationnelle a estimé l’incidence de ce type de méningite au Royaume-Uni, leurs agents causaux, ainsi que leurs conséquences.

Méthodologie

Cette étude épidémiologique était emboitée à une étude prospective observationnelle menée dans 42 hôpitaux du nord-ouest de l’Angleterre. Elle a inclus des patients de 16 ans ou plus chez qui une méningite était suspectée sur le plan clinique et dont le diagnostic avait pu être confirmé ou infirmé par ponction lombaire ou à partir d’échantillons sanguins.

L’incidence des méningites virales a ainsi été calculée, puis les données ont été extrapolées pour estimer l’incidence globale au Royaume-Uni.

Résultats

  • Sur les 1.126 patients enrôlés dans l’étude, 57% avaient effectivement une méningite, 36% d’origine virale et 16% d’origine bactérienne. L’étiologie est restée inconnue dans 42% des cas et 6% ont pu être attribuées à d’autres causes.
  • Les entérovirus étaient les agents viraux les plus fréquents, représentant 55% des cas de méningite virale et 20% de l‘ensemble des méningites. Concernant 44% des cas viraux, les virus du groupe herpès venaient en seconde position (herpes simplex de type 2 et virus varicelle zona, principalement).
  • Pour l’ensemble du Royaume-Uni, l’incidence annuelle des méningites virales a pu être estimée à 2,73 pour 100.000 habitants et celle des méningites bactériennes à 1,24 pour 100.000 habitants. Lorsque tous les cas étaient pris en compte, y compris ceux de causes non identifiées, l’incidence globale des méningites était de 13,47 cas pour 100.000 habitants.
  • Le temps médian entre l’admission à l’hôpital et la ponction lombaire était de 17h, plus court chez ceux qui n’avaient pas eu d’examen d’imagerie avant (8h) et plus long pour ceux qui en avaient eu un (18h). La cause de la méningite avait plus de chance d’être identifiée lorsque la ponction lombaire était réalisée de façon précoce (surtout pour les méningites virales). 
  • Les auteurs relèvent aussi que 69% des patients avec méningite virale prouvée et 75% de ceux ayant une méningite de cause non identifiée ont reçu au moins une dose d’antibiotique.
  • Chez les patients présentant une méningite d’origine virale, le temps médian du séjour hospitalier était de 4 jours. Mais il était plus long chez ceux qui recevaient des antiviraux (9 jours vs 3 pour ceux qui n’en recevaient pas).
  • Enfin, différents tests indiquaient une dégradation de la qualité de vie jusqu’à 1 an après l’admission chez les patients atteints de méningite virale, par comparaison à la population générale du même âge (0,2 QALY, années de vie pondérées par la qualité), avec des séquelles neuropsychiatriques de type anxiété, dépression ou troubles neurocognitifs.